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Auteur Discussion:La naissance dune légende.
CHICKEN-
LII
Disciple Hestian
Messages: 176
Publier La naissance dune légende.
le: January 29, 2012, 10:56

Bon, il y a des jours ou il faut savoir se lancer :oops:

Droits

Certains personnages ne m’appartiennent pas. Ils sont la propriété de blablabla… Universal…. Blablabla. D’autres sont empruntés à légende telle que dans l’univers de Marion Zimmer Bradley. Quant aux petits derniers, ils sortent tout droit de mon imagination et j’en revendique la propriété.

Violence

Depuis la nuit des temps le monde est violent et les hommes cruels. Alors, oui. Il y a de la violence, des combats, de la cruauté et du sang.

Sexe

Pas de sexe. Juste des sentiments. Mais pas de description de ce qui se passe quand on a fermé la porte de la chambre.

Remerciements

Un grand merci à Leg, pour son aide, ses précieux conseils et la correction de mes fôtes.

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[center]La naissance d’une légende

Prologue
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Chacun connaît les exploits d’Arthur, de Lancelot et des chevaliers de la table ronde. Et si l’on parle d’Arthur, on entre directement dans le monde de la magie de Merlin et de Morgane. Ce récit ne racontera pas une fois de plus l’histoire de ces hommes et de ces femmes, mais plutôt celle de ces inconnus qui ont vécus à leurs côtés.

Cette histoire se déroula en l’an de grâce 512 juste après la victoire de Mont Badon, site historique de la défaite des Saxons contre les Bretons et que l’on situera entre le Pays de Galles et l’Ecosse.

Arthur, gardien d’Excalibur l’épée magique, venait de monter sur le trône d’Angleterre. Grâce au courage de ses chevaliers et au soutien des tribus, le jeune roi avait chassé les Saxons de son royaume et les hordes d’envahisseurs avaient fui vers le Nord. Cependant l’unité ne régnait plus au sein de son peuple depuis qu’Arthur avait choisi de se battre sous la bannière de la sainte Croix, abandonnant celle du Pendragon et reniant de fait la protection de la Dame du lac et de la Déesse.

L’harmonie était brisée, les hommes choisissaient leurs camps. Les adeptes de la Déesse Mère Créatrice de la terre et du monde vivant considérèrent le haut roi comme un traitre et se tournèrent vers la sagesse des druides et de la Dame d’Avalon. Les autres choisirent la foi des Chrétiens et reçurent le baptême des mains des prêtres soutenus par Guenièvre.
Le Christianisme étendait sa puissance. Ses envoyés érigeaient des églises et convertissaient le peuple d’Angleterre.

Tout commença au bord du lac.

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Chapitre 1[/center]

L’homme blotti au fond de la barque regardait la rive disparaître au loin. Les brumes qui l’enveloppaient s’épaississaient de plus en plus. C’est à peine s’il arrivait encore à distinguer les rameurs, deux petits hommes trapus issus du peuple de la forêt, qui, le front baissé, les bras tendus sur leurs rames ne lui avait pas adressé un regard lorsqu’il les avait salués. Il devinait aussi plus qu’il ne la voyait la silhouette de la femme assise à l’avant. Enveloppée dans une cape sombre, la capuche rabattue sur son visage, il avait tout juste croisé son regard et aperçu le croissant bleu des prêtresses tatoué sur son front lorsqu’elle lui avait fait signe de la suivre. Aucune parole n’avait été échangée depuis leur départ. Seul le léger clapotis des rames plongeant dans les eaux noires venait briser le silence.

Il était arrivé quelques heures plus tôt au bord du lac, le ponton était désert, du moins pour ce qu’il pouvait en voir, car un épais brouillard recouvrait toute la surface de l’eau. Il en avait profité pour améliorer sa mise. Après avoir bouchonné son cheval, il s’était mis en devoir de brosser sa cape et ses bottes couvertes de la poussière de la route. Puis il s’était accordé d’une rapide toilette. Au bord de n’importe quel plan d’eau il n’aurait pas hésité à se dévêtir pour y plonger avec délice. Nager dans l’eau fraîche aurait probablement détendu ses muscles endoloris par la longue chevauchée. Mais pas dans ce lac. S’eut été un sacrilège et une offense à la Déesse. Il s’était contenté de quelques ablutions. Puis après s’être rasé il avait passé la chemise propre qu’il avait glissée dans ses fontes juste avant son départ. Il faut dire qu’il n’avait guère pris le temps de faire des haltes durant ces derniers jours. Il avait chevauché sans trêve ni repos, ne s’arrêtant que pour faire souffler son cheval ou lorsque la nuit était devenue trop dense pour continuer sans risquer de se rompre le cou. Scrutant les flots, il se demandait comment il pourrait les informer de sa présence.

La barge était apparue comme par magie, émergeant de la brume qui recouvrait le lac. La femme l’avait invité à monter à bord d’un geste ferme. L’homme lui avait répondu par un signe de tête en indiquant son cheval. Mais quelle n’avait pas été sa surprise lorsqu’il avait découvert un jeune garçon à côté de lui prêt à se saisir des rênes. En y regardant mieux, le cavalier s’était aperçu qu’il ne s’agissait pas d’un enfant comme il l’avait cru mais d’un petit homme sans âge qui lui souriait. Un être du peuple de la forêt. Il en avait souvent entendu parler sans jamais en rencontrer. Ce peuple vivait à l’écart du reste du monde au fin fond de la forêt du pays des fées. Si l’on s’y aventurait, on avait toutes les chances d’y disparaître à jamais. Peu de gens en étaient revenus et tous tenaient le même discours lorsqu’ils avaient réussis à en sortir « Le temps n’existait plus. La reine des fées vous accueillait et son peuple prenait soin de vous. La vie était douce. Vous ne souffriez plus ni du froid, ni de la faim ni de la soif. Les êtres de la forêt pourvoyaient à tous vos besoins. Puis peu à peu la mémoire s’effaçait. Les souvenirs de la vie d’avant se faisaient de plus en plus lointains. On oubliait sa famille, on en oubliait parfois jusqu’à son nom. La seule possibilité de quitter ces bois était d’avoir la chance de croiser une prêtresse de l’île car elles seules détenaient le pouvoir de traverser la forêt ».

L’homme debout sur la berge avait sursauté lorsque la femme lui avait crié « N’aies crainte, tu retrouveras ton cheval à ton retour ». Le temps d’un regard à cette étrange femme et le petit être de la forêt avait déjà disparu. Tournant la tête de droite à gauche, il s’était rendu compte que son cheval lui aussi s’était évaporé.

Le frêle esquif venait de s’immobiliser au milieu du lac. Une brume d’un blanc laiteux les enveloppait, bien que le soleil de midi brillât de tous ses feux quelques instants plus tôt, lorsqu’ils avaient quitté la rive. Un léger ballotement lui indiqua que la femme venait de se lever. La prêtresse étendant les bras vers le ciel psalmodia d’une voix grave et profonde une incantation dans une langue inconnue. Les mots prononcés résonnaient dans cette étrange blancheur. L’homme se sentit glacé jusqu’au sang. Un frisson lui parcourut l’échine. Une peur incompréhensible venait de l’envahir. La voix de cette femme le pétrifiait. Puis elle s’arrêta. Et le silence retomba sur le groupe. L’homme percevait la tension des rameurs. Eux aussi ressentaient cette même peur, il en était persuadé. Soudain, les brumes se déchirèrent laissant apparaître un ciel d’un bleu azur et les contours d’une île inondée de soleil. Il le savait, il venait de pénétrer sur le territoire de la Déesse. Terre sacrée entre toutes, appelée plus communément Avalon. Il relâcha son souffle qu’il ne se souvenait pas avoir retenu. Les rameurs plongèrent à nouveau leurs rames dans l’eau du lac. La barque repris sa progression et bientôt l’embarcation atteignit le rivage.

Le paysage sembla à l’homme d’une beauté irréelle. Au loin il aperçu sur une colline une immense tour. Le Thor, immense construction reliant le monde des hommes à celui des Dieux. C’est la au pied de cet édifice qu’étaient célébrées toutes les cérémonies en honneur de la Déesse. L’homme resta les yeux fixés sur le géant de pierre qui montait jusqu’aux cieux. Elle avait été bâtie par les ancêtres des druides venus par delà les mers comme le racontait la légende.

Trois prêtresses les attendaient sur la berge. Enveloppées de voiles bleus sombres et portants un croissant du même bleu tatoué sur le front, elles l’invitèrent à le suivre. L’homme sauta timidement sur la rive. Déjà l’embarcation s’éloignait pour disparaître à nouveau dans la brume.

- La Dame vous attend. Suivez-moi.

L’une des prêtresses, la plus âgée des trois, venait de s’adresser à lui d’une voix sèche imposant respect et obéissance. Lorsqu’elle tourna les talons et se mit en route, instinctivement il lui emboîta le pas comme un bon petit soldat. L’homme avançait tête baissée les yeux rivés au sol. Il n’osait plus regarder autour de lui depuis que la prêtresse lui avait intimé l’ordre de marcher ainsi. Il lança aussi discrètement qu’il pu quelques œillades rapides sur ce monde inconnu et sur les deux femmes qui l’encadrait. Rares étaient les simples mortels comme lui à être autorisé à fouler la terre sacrée. Le chemin était détrempé et le voyageur faisait attention à ne pas glisser, mesurant chaque pas. Qu’aurait pensé la Dame s’il s’était présenté devant elle crotté de boue. La pente était raide, sinueuse et interminable. Pourtant cela faisait à peine dix minutes qu’ils avaient quitté la rive. Soudain, le groupe stoppa devant une vaste construction. Tellement soucieux de ses pas, l’homme avait faillit rentrer dans la femme qui le précédait. Soulevant le battant de la porte qui en fermait l’accès, la prêtresse le pria d’entrer. Il se faufila dans l’encadrement et déglutit péniblement lorsqu’il sentit les lourdes peaux retomber derrière lui, barrant toute possibilité de fuite. Une goutte de sueur coula depuis sa tempe pour venir mourir sur le col de sa chemise. Ce n’était pas un couard, il l’avait prouvé à maintes reprises sur les champs de bataille. Beaucoup pourraient en témoigner. Mais se retrouver seul sur l’île d’Avalon prêt à rencontrer la grande prêtresse était toute autre chose. C’était le monde de la Déesse et de la magie.

La main posée sur la garde de son épée pour se donner contenance, il avança de quelques pas se rapprochant du centre de la pièce. Osant un coup d’œil circulaire, il inspecta d’un regard qu’il pensa moins timide, le lieu où il se trouvait. L’endroit était spacieux, confortablement meublé. D’immenses tentures aux scènes champêtres masquaient la pierre des murs et renvoyaient la chaleur diffusée par un feu brûlant au centre de la pièce. Dans le fond, une immense table taillée d’un seul bloc dans un chêne centenaire débordait de parchemins à moitié déroulés. Des plumes trempées dans un encrier semblaient avoir été abandonnées quelques instants plus tôt. Des chandeliers disposés ça et là attendaient la nuit pour faire danser leurs flammes. Des coffres en bois finement travaillés et quelques tabourets complétaient le décor. L’unique fenêtre laissait filtrer les rayons du soleil. L’endroit était apaisant.

Les minutes s’écoulèrent. Le regard absorbé par le rougeoiement des braises qui brûlaient dans le foyer, il ne l’entendit pas s’approcher. Soudain, la Dame d’Avalon fut la, devant lui. Petite femme sans âge au regard vif et pétillant. Le croissant bleu des prêtresses brillait à son front. Quelques mèches blanches et blondes s’échappaient du voile encadrant son visage à peine marqué de quelques rides. Impressionné par l’aura qui se dégageait de la haute prêtresse, l’homme avait mis genoux à terre et gardait la tête baissée. Une jeune fille avec mille précautions aida la prêtresse à s’installer dans la chaise haute qu’elle venait de rapprocher du feu avant de lui couvrir les jambes d’une épaisse fourrure.

- Maline, va chercher Elane au lieu de me traiter comme une vieille femme impotente. Veux-tu donc me faire rôtir que tu colles cette chaise si prêt du foyer ?

Maline s’inclina avec déférence avant de se glisser hors de la pièce. Toujours agenouillé aux pieds de la haute prêtresse l’homme n’avait osé prononcer mot.

- Relève-toi Gawen que je voie ton visage. Maline est une gentille personne, trop zélée à mon goût vois-tu et qui me prend trop souvent pour la vieille femme sénile que je ne suis pas.

La Dame d’Avalon s’adressait à lui sur le ton de la confidence. Lui qui avait imaginé rencontrer une personne froide et distante avait devant lui une femme au regard rempli de bonté. Enfin, rassemblant tout son courage il osa enfin s’exprimer.

- Co…….comment avez-vous su …….Altesse …….que je venais pour Elane ?
- « Altesse », répéta la femme d’un petit ton moqueur. Appelle-moi Viviane ou Mère ou Ma Dame si tu préfères.
- Ce sera selon votre volonté Ma …. Dame acquiesça timidement le visiteur.
- Ah, Gawen. Elane nous a si souvent parlé de toi que j’ai l’impression de te connaître. Je ne me souviens pas d’une seule histoire de son enfance où tu ne sois cité. Mais à présent, venons-en à la raison de ta venue.

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Chapitre 2[/center]

La maison des vierges grouillait d’animation. Le moindre évènement venant rompre leur quotidien donnait lieu à une grande agitation. De nombreuses familles de la noblesse envoyaient leurs filles suivre l’enseignement de la Dame d’Avalon. Beaucoup d’entre elles rejoindraient leur foyer dès la fin de leur éducation pour faire un bon mariage. Elles auraient acquis l’art de reconnaître et cultiver les herbes et autres plantes médicinales, celui de préparer des remèdes, de tenir une maison. D’autres choisiraient de prêter serment vouant leur vie au culte de la Déesse. Pour l’heure, chacune des jeunes filles spéculait sur les raisons de la présence de ce bel étranger sur l’île. L’arrivée de Maline mis fin à toutes les conversations.

Elle se planta devant la table où un groupe de jeunes filles était en train de trier des simples. Les unes les glissaient dans de petits sachets en toile brute pendant que d’autres y fixaient des étiquettes. Des pots de crèmes et d’onguents avaient toute l’attention de l’une d’entre elle. D’une écriture propre et nette elle indiquait sur chacun la composition du remède et son usage.

- Elane, suis-moi !
- Un instant Maline, je suis occupée.
- Dépêche-toi ! Le ton était sec, inamical
- Je dois finir avant que l’encre ne sèche, répondit Elane sans quitter son travail des yeux.
- la Dame t’attend. L’étranger est venu pour toi.

Lentement Elane se retourna questionnant d’un regard vert et profond la commissionnaire.

- Je n’en sais pas plus répondit l’autre en levant les mains. Mets de l’ordre dans ta tenue, tu ne peux te présenter ainsi décoiffée et vêtue devant notre mère.

La jeune fille se leva, posa sa plume, boucha l’encrier avec un tampon fait de bourre, puis essuya ses doigts sur un chiffon posé à côté d’elle. Du plat de la main elle brossa sa robe pour en chasser les plis et tenta en vain de discipliner les quelques mèches échappées de la longue natte blonde tombant sur son épaule. Elle noua sa cape sur ses épaules et rabattit le capuchon sur son visage.

- Je suis prête
- Alors suis-moi, la Dame …..
- N’aime pas attendre, je sais. Tu ne cesses de nous le répéter à longueur de journée.

Derrière, les novices pouffèrent doucement. Aucune ne pouvait supporter cette rabat-joie. Maline les toisa d’un air mauvais faisant revenir le silence. Maline était une peste. Tout le monde le savait. Seule Elane avait l’audace de lui répondre sans crainte de représailles.

Le chemin entre la maison des vierges et celle de la haute prêtresse se déroula dans le plus grand silence Seul résonnait le crissement de leurs pas sur les graviers. De nature bavarde, Elane ne se faisait jamais prier pour raconter des histoires aux veillées. Mais face à cette mégère toute tentative était inutile. Elle savait qu’elle ne tirerait rien de Maline en essayant de l’interroger.

Viviane et l’inconnu étaient en grande conversation lorsqu’elle pénétra à son tour dans la pièce. L’homme lui tournait le dos. Elle prit un instant pour l’étudier. De longs cheveux roux ondulaient sur le rouge écarlate de la cape couvrant ses épaules. Son épée reposait à ses pieds. Le regard d’Elane se figea sur la garde. Un serpent gravé s’enroulait autour de la poignée. Elle ne connaissait qu’un seul homme possédant une telle arme. Et cette silhouette, ces boucles couleur de feu, cette façon de bouger les épaules quand il était nerveux.

- Gawen s’écria t-elle, se jetant dans les bras de l’homme qui venait de se retourner.
- Elane, mon Elane. Les bras musclés de Gawen se refermèrent sur la jeune-fille. Tu n’as pas changée. Toujours la même fougue. Si tu savais comme je suis heureux.
- Et toi, laisse-moi te regarder, ajouta t-elle en reculant d’un pas. Quand je t’ai quitté tu n’étais encore qu’un gringalet et aujourd’hui je découvre un homme fort et élégant. Mais d’où vient cette cicatrice sur ta joue ? Tu as été blessé, comment ? Approche de la lumière que je t’examine.
- Un souvenir laissé par un maudit Saxon à Mont Badon. Mais laisse ce n’est rien.
- Mont Badon ? Tu étais là-bas ? Et mon Père et mes Frères ? Les informations les plus folles nous sont parvenues du combat. Nous avons su que le roi avait remporté la victoire et que notre peuple allait enfin connaître la paix. Mais parle-moi de ma famille. Pourquoi es-tu là ?
- Justement, la coupa Viviane. C’est là la raison qui m’a fait quérir ta présence. Gawen racontez à votre amie ce qui vous amène.

Gawen pris délicatement les mains d’Elane dans les siennes, la fit s’asseoir sur le siège qu’il occupait quelques instants plus tôt avant de s’agenouiller à côté d’elle. Elane percevait au plus profond d’elle-même le sentiment de malaise de son ami. L’inquiétude commença à l’envahir. Après quelques minutes le garçon se décida enfin à parler.

- Elane….. Elane, je suis désolé d’être le messager de ces tristes nouvelles. C’est ton père qui m’envoie. Il a été blessé au cours de la bataille. Une vilaine blessure au pied. Il a fallu l’amputer avant mon départ, mais le mal a continué de progresser. Nous craignons le pire. Il va falloir que tu rentres avec moi, il te réclame.

Elane se sentit défaillir. Son cœur s’emballa. Elle ferma les yeux prenant de longues inspirations, laissa l’air pénétrer au plus profond de ses poumons et recomposa son visage comme on le lui avait appris au cours de ses années d’apprentissage. Une future prêtresse ne devait pas laisser transparaître ses émotions. Vivianne regardait Elane et, malgré les circonstances, elle était fière de son élève.

- Et mes frères ? demanda-t-elle une voix malgré tout remplie d’angoisse.
- Hélas, Kelvin et Renan ont péri en défendant ton père. Il avait été pris en embuscade et un ennemi avait réussi à le désarçonner en lui plantant une hache dans la cheville. Lorsque tes frères l’ont vu en si mauvaise posture ils se sont portés à son secours. Renan à péri d’un coup d’épée dans la poitrine. Kelvin à reçu une lance Saxonne dans le dos. Son corps recouvrait celui de ton père quand je l’ai découvert. J’ai vu la scène au loin. J’ai couru à leur secours avec mes hommes, mais il était trop tard. Ils se sont battus vaillamment et sont morts en héros. Leurs agresseurs étaient trop nombreux ils ne pouvaient pas les vaincre. Les meurtriers de tes frères se sont enfui à notre arrivé laissant ton père pour mort. L’un d’eux m’a laissé ce souvenir au visage ajouta t-il tout en passant un doigt sur la longue estafilade qui couvrait sa joue. Notre Roi m’a accordé le droit d’escorter leurs dépouilles au côté de ton père afin qu’ils soient enterrés sur vos terres. A présent ton père te réclame. Ta sœur Ninianne est auprès de lui. Elle n’a pas quitté son chevet depuis son retour. Elle t’attend elle aussi avec impatience.

- Mère, demanda Elane en se tournant vers Viviane. M’autorisez-vous à partir sur le champ au chevet de mon père et assister ma sœur. Elle est encore si jeune et doit se sentir si seule. Je dois les rejoindre au plus tôt.
- Va ma fille. Tu as ma bénédiction. Que la Déesse te protège. Mais sache que tu vas nous manquer mon enfant. La maison des vierges va sembler bien vide sans toi.

La Dame d’Avalon serra tendrement Elane dans ses bras et déposa un baiser sur le front de la future prêtresse.

- Pars maintenant. Quant à toi Gawen, je te la confie. Veille sur elle comme sur ta propre vie.
- J’en fais le serment sur ce que j’ai de plus cher Ma Dame.

Gawen se courba avec respect aux pieds de la haute Prêtresse, puis ramassant son épée il la glissa d’un geste ferme dans son fourreau. La main posée sur la garde il attendit Elane qui étreignait sans le savoir Viviane pour la dernière fois.

- Allez mes enfants. La route qui vous attend va être longue. Adieu Elane ajouta-t-elle lorsque la lourde porte se referma la laissant soudain étrangement seule.

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Chapitre 3[/center]

Tout son corps était meurtri. Sa tête la lançait horriblement. Elle essaya de se redresser mais quelque chose de lourd la clouait au sol. Etait-ce le jour ou la nuit ? Elle n’arrivait à rien distinguer car un énorme bandage lui masquait la vue. Après plusieurs tentatives, elle réussi enfin à dégager une main. Puis à force d’efforts répétés elle parvint à l’amener jusqu’à son visage et enfin à arracher le morceau de tissu. Le crépuscule allait bientôt tomber, il n’y avait aucun doute. Il fallait faire vite, se dégager de cette prison avant la nuit et l’arrivée des charognards. L’odeur de sang flottant autour d’elle allait les attirer comme les mouches sur du miel. Elle ne donnait pas cher de sa peau si elle restait ainsi. Autour d’elle pas un bruit. Où étaient ses compagnons. Où était Turok, son fidèle ami. Depuis le début des combats ils ne s’étaient pas quittés. Jusqu’à cette maudite blessure. Le Saxon l’avait eue par surprise. Elle ne savait toujours pas comment il s’y était pris pour briser sa défense. Le choc avait été violent. Avec qu’elle arme avait-il bien pu la frapper ? Elle n’en gardait aucun souvenir. Juste cette douleur lancinante qui lui vrillait le crâne.

- Turok……Turok…... Tu es là ? Holà quelqu’un ? Turok, réponds moi !

Seul le cri d’un corbeau répondit à son appel.

- Bon, je suis seule, bloquée sous je ne sais quoi et il faut que je sorte de là. Essayer de soulever est inutile. Il va falloir dégager mon autre bras, ramper et surtout arrêter de parler toute seule comme une vieille folle.

Le soleil avait presque achevé sa course lorsqu’enfin elle parvint à dégager le haut de son corps. Il lui avait fallut faire de nombreuses poses. Le coup à la tête devait être plus grave qu’elle ne le pensait car par deux fois elle avait perdu connaissance. Enfonçant de toutes ses forces ses doigts dans la terre, elle parvint d’une ultime poussée à se libérer. Le front en sueur, le cœur battant à tout rompre, elle ferma les yeux et se laissa rouler sur le dos. Sa tête tournait trop pour qu’elle puisse se relever. Enfin lorsque la nausée sembla vouloir disparaître elle ouvrit les yeux. Prenant appui sur ses avant-bras elle réussi à s’asseoir.

- Turok !!

Le corps de l’homme transpercé par une lance gisait à ses pieds. Les deux mains crispées sur la hampe, les yeux grands ouverts tournés vers le ciel.

- Turok, mon ami, mon frère. Mère, ô Mère pourquoi ne l’as-tu pas protégé.

Elle essaya de se lever mais elle était encore trop faible. Alors, elle rampa jusqu’au corps de son ami. Dans un ultime effort, elle réussi à se mettre à genoux. La sueur ruisselait à nouveau sur son visage. Elle écarta les quelques mèches qui barrait le front de son compagnon. Puis posa délicatement ses lèvres sur les lèvres entrouvertes de Turok pour un dernier baiser avant de lui fermer les yeux. Relevant la tête, elle découvrit le macabre spectacle. Tous ses compagnons d’armes étaient là gisants dans leur sang. Beaucoup de Saxons aussi avaient été tués dans la bataille. La nausée la repris, mais d’une toute autre nature. Un goût de bile monta dans sa bouche. A quelques pas un cheval avait été sauvagement égorgé. Dans sa chute il avait retourné le chariot auquel il était encore harnaché. Mais pourquoi massacrer un cheval ? Il fallait être un monstre. La seule chose dont elle était sure c’est qu’elle se trouvait dans ce chariot et qu’il lui avait sauvé la vie en la maintenant cachée. Que s’était-il passé ? Elle ne se souvenait de rien. Ils étaient tous morts, personne ne pourrait plus lui répondre. Elle resta ainsi près de son ami jusqu’à ce qu’elle sente suffisamment de force dans ses jambes pour se mettre debout. Elle se pencha, ramassa l’épée de Turok, y pris appui pour se relever, glissa un poignard à sa ceinture et s’éloigna du champ de bataille. Elle ne pouvait plus rien pour eux. Ils avaient déjà rejoint le royaume d’éternité.

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Chapitre 4
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Les adieux avaient été difficiles. Les novices avaient beaucoup pleurées en apprenant le départ de leur amie. Elane les avaient serrées une à une contre son cœur avec une parole réconfortante pour chacune. Maline aussi était là un méchant rictus au coin des lèvres.

- Comme nous ne savons pas combien durera ton absence, j’ai pris soin d’emballer toutes tes affaires.

Deux baluchons trônaient sur le lit défait de la jeune femme.

- Il ne fallait pas te donner cette peine, Maline.

Elane saisit les deux sacs et se plantant devant la mégère, elle la fixa de son regard vert le plus froid en ajoutant :

- Un conseil Maline, ne t’avise surtout pas de martyriser mes sœurs durant mon absence. Je serai bientôt de retour et je saurai te le faire payer. Tu peux me faire confiance.

Elle quitta la cabane et rejoignit son ami. Maline, sur le pas de la porte, les regarda s’éloigner.

- Qu’est-ce que tu transportes la ? Questionna Gawen en saisissant les deux baluchons.
- Mes affaires, une « amie » s’est fait un plaisir de préparer mon départ, ajouta-t-elle un soupçon d’ironie dans la voix.
- Maline ? Questionna le garçon tout en connaissant déjà la réponse,
- Maline ! Répondit-t’elle. Tous deux se mirent à rire. A présent il faut que je passe chez Isotta. C’est elle qui est en charge de notre stock de remèdes. Je ne veux manquer de rien pour soigner Père. Attends-moi près de la rive.

Elane le rejoignit quelques minutes plus tard une sacoche en peau de loutre passée en bandoulière sur son épaule. Gawen avait déjà déposé leurs affaires dans la barque qu’il avait découverte en arrivant sur la berge. C’était les deux mêmes rameurs. Ils aidèrent Elane à s’installer. Gawen sauta à son tour dans l’embarcation qui quitta la rive où il avait accosté à peine quelques heures plus tôt. Elane s’abîma les yeux jusqu’à ce que l’île disparaisse dans la brume.

- Reverrais-je un jour cet endroit ? J’ai l’impression de quitter mon foyer pour la seconde fois.

La voix d’Elane était si triste que Gawen n’hésita pas un instant à faire tanguer la barque pour la rejoindre et la serrer dans ses bras. Il entendit les rameurs pester en essayant de rétablir l’équilibre. « Maintenant je sais qu’ils peuvent parler » songea-t-il souriant à lui-même.

Deux chevaux sellés les attendaient attachés au ponton. Gawen fut heureux de retrouver son cheval en bonne santé. Une jeune pouliche à la robe tachetée lui tenait compagnie. Elane vida sur le sol le contenu des deux sacs si gentiment préparés par Maline, en fit deux tas inégaux, ramassa le contenu du plus petit et fourra les quelques effets qu’elle voulait conserver dans les fontes accrochées à la selle. Elle fixa la besace de médicaments au pommeau. Quant au reste, elle fit signe aux petits hommes de la forêt de venir se servir. Gawen la regardait faire. Elle n’avait conservé que quelques vêtements, deux plumes, un encrier et des rouleaux de parchemin. Elle le regarda et ajouta simplement :

- Cette pauvre bête va devoir me porter. Si en plus je la charge de toutes ces choses inutiles, nous n’arriverons jamais.

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Chapitre 5
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Elane et Gawen chevauchaient depuis deux jours lorsqu’une escorte d’une dizaine d’hommes envoyée par le seigneur Belhoc les rejoignit. On lui avait signalé que des hordes de barbares rodaient encore dans les environs et il craignait pour sa fille.

Elane redécouvrait le monde. Il lui semblait qu’elle l’avait quitté depuis une éternité. Cela faisait quatre ans déjà qu’elle avait rejoint l’île des prêtresses pour suivre leur enseignement et devenir l’une d’entre elles. Elle n’avait pas revu son père depuis. Et Ninianne, comme elle devait avoir changé. Dans son souvenir c’était toujours une enfant timide et réservée alors qu’elle au même âge rêvait de parcourir le monde et de chasser l’infâme dragon cracheur de feu qui terrifiait le pays. Elle esquissa un sourire.

- A quoi penses-tu ? Je te vois sourire depuis tout à l’heure, questionna Gawen en rapprochant sa monture de celle d’Elane.
- Au dragon, répondit-elle avec un petit rire
- Au dragon ? Celui de notre enfance ? Celui avec lequel tu terrifiais ta sœur avec tes histoires et qu’il fallait des heures à ton père pour la rassurer et la persuader qu’il n’était pas caché sous son lit. CE dragon ?
- Et oui Ce dragon. Tu t’en souviens aussi.
- Comment l’oublier. Tu nous captivais pendant des heures avec tes histoires. Quelle imagination tu avais à l’époque.
- Oui, c’était il y a longtemps, et pourtant j’ai l’impression que c’était hier. Parle-moi de Ninianne. Comment est-elle ? Est-elle devenue une belle jeune-fille comme tout le monde semblait le dire ?

Gawen avait rougi au nom de Ninianne et Elane n’avait pas manqué de le remarquer. Y avait-il quelque chose entre eux ? Ce serait merveilleux. Sa sœur et son meilleur ami réuni sous un même toit. Elane ne pouvait rêver meilleur parti pour sa sœur. Gawen était bon, gentil et généreux. Pas un de ces rustres comme on en croisait parfois à la cour de son père.

- Ninianne est aussi brune que tu es blonde, mais tu le sais déjà. Je suis bête. Elle est douce, attentionnée, tient d’une main de maître le château de ton père et chacun loue ses qualités. Elle chante avec ravissement en s’accompagnant de la harpe que tu lui as offerte.
- Je suis heureuse d’entendre toutes ces louanges. Mais toi, je sens dans ta voix plus que de l’amitié pour ma sœur. Je me trompe ?
- Non, en vérité, lorsque tu es partie pour suivre l’enseignement d’Avalon, Ninianne et moi nous sommes beaucoup rapprochés. Ton absence avait laissé un grand vide. Le château n’était plus le même sans toi. Et puis au fil du temps notre amitié s’est transformée. Je compte dès notre arrivée chez ton père lui demander sa main. Je serai le plus heureux des hommes.
- Et moi des femmes. Tu ne peux imaginer à quel point cette nouvelle me rend heureuse. Je vous souhaite …
- Fuyez !! Nous sommes attaqués !

L’éclaireur arriva à bride abattue sur le groupe de cavaliers suivi d’une horde de Saxons hurlant leurs épées et leurs haches brandies au dessus de leurs casques. L’homme arriva à la hauteur de Gawen et s’effondra sur sa monture le dos transpercé d’une flèche.

- Elane, emmène le avec toi dans les sous-bois et cachez vous. Vite ! Dégainant son épée, il fondit dans la bataille sans se retourner.

Elane arracha les rênes du cheval des mains du blessé et l’entraîna loin du chemin comme lui avait ordonné Gawen. Lorsqu’elle s’estima suffisamment à l’abri elle fit stopper les chevaux. L’homme gémissait et poussa un hurlement de douleur lorsqu’elle le fit descendre de sa selle pour l’asseoir contre le tronc d’un arbre. Fouillant dans ses fontes elle en sorti une chemise propre. Elle décrocha son sac de remèdes du pommeau de la selle puis s’agenouillant près de l’homme elle commença à déchirer la chemise du blessé. La flèche avait traversé l’épaule et ressortait sous la clavicule. Les organes vitaux ne semblaient pas avoir été touchés. Mais il allait falloir briser la hampe et sortir la pointe par l’avant. « Le pauvre homme va souffrir le martyr, mais cela lui sauvera la vie » songea Elane ; si les Saxons ne nous ont pas tous massacré avant.

- Tu t’appelles Ambios, c’est ça ? L’homme acquiesça de la tête. Moi c’est Elane. Je vais retirer cette flèche de ton épaule. Cela va être douloureux. Je ne peux pas faire de feu pour cautériser ta blessure, mais je vais faire un pansement très serré qui arrêtera l’hémorragie. Tu me fais confiance ?

Ambios, le front en sueur, acquiesça de nouveau.

Attentive à la tâche qui l’attendait, Elane n’avait pas entendu le bruit des pas qui s’étaient rapprochés d’elle. Soudain, une main l’empoigna par les cheveux et la projeta en arrière. Hurlant de douleur et de terreur, elle rampa sur le sol pour s’éloigner de son agresseur. La forme avachie auprès de l’arbre lui appris qu’Ambios s’était évanoui et ne pouvait plus lui apporter aucun secours. Elle était seule face à cette brute.

Lui aussi avait remarqué l’état de son compagnon. Il lui trancherait la gorge ensuite quand il en aurait fini avec elle. Le Saxon était immense. La hache qu’il tenait se balançait nonchalamment au bout de son bras. Il prenait son temps et détaillait sa proie. Il allait pouvoir s’amuser un peu. Ses compagnons étaient restés à se battre sur le chemin mais lui avait vu les deux chevaux s’enfuir. Les pister n’avait pas été difficile. Ils avaient laissé tellement de traces sur leur passage que cela en devenait ennuyeux. La donzelle n’était pas vraiment à son goût, mais il saurait s’en contenter. Il les aimait plus en chair. Celle-là, il n’aurait pas de difficulté à en venir à bout. Cela semblait presque trop facile.

Elane avait tenté de se redresser et de fuir. Mais à nouveau il l’avait empoignée par les cheveux et jetée à terre. Son cœur battait à tout rompre. Saisissant le petit couteau qui pendait à sa ceinture, cadeau de Viviane et qui ne la quittait jamais, elle brandit la lame face à son agresseur. Elle ne se ferait pas tuer sans se défendre. S’avançant vers elle la brute la désarma d’un coup de botte dans le poignet. La violence du coup arracha un cri à la jeune femme. Le couteau vola dans les airs avant de se ficher dans le sol quelques pas plus loin. L’homme sale et hirsute se tenait à présent au dessus de la jeune femme pétrifiée. Il maintenait la pression de sa botte sur le poignet endolori. Il lança sa hache derrière lui. Elle serait inutile pour venir à bout de cette proie. Les yeux d’Elane s’exorbitèrent lorsque d’une main il sorti le poignard glissé dans sa ceinture et que de l’autre il commença à décroché la boucle qui maintenait son pantalon. Ce barbare n’allait pas se contenter de l’égorger, il allait la violer avant. Lisant la terreur sur le visage de sa future victime il lança un éclat de rire gras vers le ciel qui se termina en un étrange gargouillis. Ses yeux remplis d’étonnement se posèrent sur Elane. Il tenta de parler. Ses mots se perdirent dans une gerbe de sang. Ses genoux fléchirent et il s’effondra sur la jeune femme le crâne fendu par sa propre hache.

Elane fixait la main de l’homme. Il n’avait pas lâché son arme qui s’était plantée à quelques centimètres de la tête de la jeune fille. A présent la terre buvait le sang qui s’échappait du crâne béant. Elane tenta de s’extirper de la masse inerte qui reposait sur elle sans succès. Elle leva les yeux priant son sauveur de lui venir en aide. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’à la place d’un de ses compagnons de route, elle découvrit une femme. Aussi grande que le Saxon qui avait voulu la trucider, la guerrière la fixait d’un regard d’un bleu azur comme elle n’en avait jamais vu. De longs cheveux noirs encadraient son visage, tombant sur ses épaules. Elle portait une cotte d’arme arrivant à mi-cuisses. A sa ceinture pendait une épée. La femme d’un mouvement sec arracha la hache encore fichée dans le crâne du cadavre et la jeta au loin. Puis du bout de sa botte fit rouler le corps sur le côté. Tendant un poignet musclé couvert d’un canon d’avant bras en cuir décoré de serpents enlacés, elle aida Elane à se redresser.

- Ton ami a perdu beaucoup de sang. Il faut enlever cette flèche avant qu’il ne passe de vie à trépas.
- Comment puis-je te remercier, tu viens de me sauver d’une mort certaine. Elane ne pouvait s’empêcher de trembler.
- En m’aidant à sauver la vie de cet homme. Répondit la femme de guerre en montrant d’un signe de tête le blessé effondré sur le sol.

Ambios n’avait toujours pas repris connaissance. Elane le cala contre le tronc d’arbre pendant que la guerrière récupérait le sac de remèdes. Elle sortit les sachets et des pots d’onguents qu’elle ouvrit un à un et porta à son nez. Quand elle eut trouvé ce qu’elle cherchait elle l’apporta à la future prêtresse.

- Passe ce baume sur sa blessure, elle cicatrisera plus vite et cela évitera l’infection.
- Non seulement tu sais te battre mais tu connais aussi l’art de soigner. Tu viens d’analyser le contenu de ma sacoche comme une vraie guérisseuse. Jusqu’à présent je ne connaissais qu’une seule personne capable de reconnaître les plantes de cette manière.
- Isotta ? J’ai appris avec elle, il y a très longtemps.
- Mais qui es-tu donc ?
- Aucune importance.

La bataille avait été rude. Les hommes savaient se battre et étaient facilement venus à bout de leurs assaillants. La Déesse les avait protégés, il n’y avait pas de perte. Les Saxons eux avaient rejoints le royaume des morts.

Gawen, l’épée couverte de sang, courait à en perdre haleine à travers les bois à la recherche d’Elane, priant tous les dieux et déesses de la terre et du ciel qu’il ne lui soit rien arrivé. Il ne se le pardonnerait jamais. Arrivé près d’un buisson, il remarqua les deux chevaux en train de paître. Elane était là, penchée sur Ambios. Rassuré, il s’avança vers la jeune femme d’un pas décidé lorsque la lame d’une épée vint se poser tout contre sa gorge. Une voix grave et chaude lui intima l’ordre de ne pas bouger. Elane sentant cette fois le mouvement dans son dos se retourna et cria :

- Non ! C’est Gawen, c’est mon ami. Il n’y a rien à craindre.

La guerrière retira doucement la lame et recula d’un pas, pendant qu’Elane se jetait dans les bras de Gawen. Celui-ci aperçu soudain le corps du Saxon sur le sol.

- Que s’est-il passé ici ?
- Nous avons été attaqué et ….. Mais quel est ton nom. Tu m’as sauvé la vie et je ne sais même pas comment tu t’appelles.
- Sianna.
- Sianna est arrivée juste à temps. Ce sauvage allait m’égorger lorsque je l’ai vu tomber à mes pieds. J’en tremble encore à la pensée de ce qu’il voulait me faire.

Gawen serra tendrement son amie dans ses bras et déposa un baiser sur le haut de sa tête. Puis se tournant vers la guerrière :

- Comment…… ?
- J’ai su que ton amie était en danger ? Je pistais cette bande de pillards depuis plusieurs jours. Je les ai suivis à couvert jusqu’à ce qu’ils attaquent votre groupe. J’ai vu ton éclaireur prendre une flèche et les deux chevaux s’enfuir dans la forêt. Puis j’ai remarqué celui-là qui quittait sa bande. Elle tendit le menton vers le Saxon. Il savait que vous n’iriez pas bien loin avec un blessé. Quant au reste, tu peux facilement deviner l’histoire.
- Sianna, je te dois une vie. Elane prit les mains de la femme brune en prononçant les mots rituels et inclina la tête en signe de remerciement.
- Et moi je suis ton débiteur, ajouta Gawen en s’inclinant à son tour. S’il lui était arrivé malheur je n’aurais plus jamais osé me présenter devant son père. Mais quittons ces lieux. Les routes ne sont pas encore sûres au royaume d’Arthur et je ne voudrais pas faire à nouveau de mauvaises rencontres. Maintenant partons.
- Attendez, s’écria Elane. Il faut que je le retrouve. Fouillant les buissons près de l’endroit ou le barbare l’avait agressé elle retrouva son petit couteau planté dans le sol. Elle l’essuya délicatement avant de le glisser dans sa poche. A présent, nous pouvons y aller.

Après avoir mis Ambios en selle, Sianna se hissa derrière lui. Elane monta en croupe derrière Gawen. Le petit groupe rejoignit le chemin où les hommes de Gawen les attendaient. Seul Ambios avait été blessé.

- Où vas-tu à présent ? Désires-tu suivre ta route ou te joindre à nous ?

Gawen attendait la réponse de cette grande femme brune. Intérieurement il espérait qu’elle accepte de les escorter au moins une partie du chemin. Une lame de plus ne serait pas de trop et cette femme avait l’air de savoir manier l’épée.

- Je comptais rejoindre le pays des lacs. Mais, comme tu l’as dit, les routes ne sont pas encore sures. Alors je vais vous accompagner.

Gawen acquiesça. La petite troupe augmentée de son nouveau membre prit la direction du château.

[center]____________

Chapitre 6[/center]

Sianna avançait en tête. Sans que personne ne lui demande, elle avait pris la place de l’éclaireur blessé. Pourtant Ambios pouvait de nouveau chevaucher seul. Sa blessure guérissait de jour en jour. Il ne lui resterait que deux petites cicatrices, souvenir du passage de la flèche. Il les montrerait en trophée à ses futures conquêtes.

Ils traversèrent une vaste lande. Inconsciemment le groupe relâcha sa tension. Ils avaient quittés les bois menaçants quelques heures plus tôt. Dans ce paysage, pas de risque d’attaque. La vue était bien dégagée. Soudain Elane rompit le silence.

- Quelle étrange personne.
- Que dis-tu ? demanda Gawen
- Quelle étrange personne, répéta Elane. Je parle de Sianna. Nous ne savons rien d’elle et pourtant voici quatre jours que nous chevauchons à ses côtés, ou plutôt derrière elle. Dès qu’arrive le soir et que nous montons le camp elle s’isole. Quand je suis couchée sous la tente, j’entends le bruit que fait la pierre qui glisse sur la lame quand elle affute son épée. Elle parle à son cheval, mais rarement aux hommes. Elle ne m’a plus dit trois mots depuis que nous avons rencontré ces barbares. Je la sens se glisser à côté de moi la nuit venue. Je fais celle qui dors, mais je suis sure qu’elle sait que je fais semblant et au petit matin quand je me réveille elle est déjà partie depuis longtemps car ses couvertures sont froides.
- Il est vrai qu’elle n’est pas très loquace. Pas comme toi ajouta Gawen en souriant à son amie.
- Elle ne ressemble à personne.
- Tu as raison, rétorqua Gawen. Je n’avais jamais rencontré de femme portant l’épée et se battant comme un homme avant elle.
- J’aimerais en savoir plus sur elle. As-tu remarqué sa taille ? Elle te dépasse d’une demi-tête. Les femmes sont rarement aussi grandes par ici. De quelle contrée peut-elle venir ? Et cette chevelure qui rappelle la couleur du corbeau. Je ne parle même pas de ses yeux. Je n’en avais jamais vu d’aussi bleus. Et son regard, as-tu remarqué comme il est triste ?
- Si elle t’intrigue à ce point pourquoi ne vas-tu pas lui parler.
- Tu as raison. Elane éperonna son cheval pour rejoindre Sianna.

La grande femme brune chevauchait d’un pas paisible. Depuis qu’ils avaient quittés les bois les risques d’attaques s’éloignaient et elle pouvait elle aussi relâcher son attention.

- Tu te décides à me rejoindre. Lança Sianna sans se retourner au moment où Elane arrivait à hauteur de la croupe de son cheval. Je me demandais quand tu allais te décider. Ne crois-tu pas que je n’ai pas remarqué que tu m’observes depuis notre départ.
- Je….. commença Elane. Euh…. Je….
- Et bien, tu as perdu ta langue.
- Non, mais je ne sais pas trop comment…. Enfin, mon ami et moi….
- Vous posez des questions à mon sujet.
- Oui
- Poses tes questions, j’y répondrais…… Peut-être.
- Qui es-tu vraiment et pourquoi es-tu vêtue comme un soldat ?
- Je suis Sianna fille issue de l’union d’un druide de ton île et de….. d’une femme du Pays d’été. Je fais donc un peu partie de ton peuple. Je parle de celui d’Avalon. Lorsque les Saxons ont envahis nos terres, nous avons pensé qu’Arthur pourrait les vaincre. Il était sous la protection de la Déesse. Mais il a renié son serment en ne combattant pas sous la bannière du Pendragon et les tribus se sont éloignées de lui. Pour sauver notre peuple il fallait agir et agir vite. Ma reine a exhorté les hommes de mon pays à se battre malgré tout au côté du haut Roi et m’a demandée de les mener à la victoire.
Nous avons pris la route de Camelot, afin de rejoindre les troupes d’Arthur. Puis celle de Mont Badon où s’est déroulé la bataille la plus violente et la plus sanglante de tous les temps. Nous avons tué des centaines, peut-être des milliers de Saxons. Nous étions couverts du sang de nos ennemis. Turok se battait comme un diable. Turok, mon fidèle ami depuis l’enfance, mon frère, tout comme toi et Gawen. Et puis j’ai été blessée. Tout ce que je sais, c’est que je me suis réveillée quelques jours après la bataille, le corps de Turok gisant près de moi. A présent je veux rentrer chez moi. La guerre me répugne, toute cette mort me répugne. Regarde ces mains Elane, regarde-les, elles sont couvertes du sang de mes victimes et, je le crains, elles tueront encore. A présent je ne désire plus qu’une seule chose. Rentrer chez moi.
- N’oublies-tu pas qu’elles m’ont sauvée, ajouta doucement Elane en prenant la main de Sianna dans la sienne. Sans ces mains je serais morte moi aussi. Si je suis encore en vie c’est grâce à elles, c’est grâce à toi.
- Mais qu’est-ce qu’une vie sauvée contre toutes ces morts ?

Elane ne sut que lui répondre.

[center]Fin 1ère partie[/center]

CHICKEN-
LII
Disciple Hestian
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Publier Re: La naissance dune légende.
le: February 2, 2012, 09:42

Deuxième partie

Chapitre 7

Au fil des jours, un rituel s’était installé. Sianna partait dès l’aube en éclaireur. Gawen et Elane suivaient, les hommes fermaient la marche. Le soir venu la guerrière allumait un feu en retrait du bivouac des soldats. Elane avait raconté son histoire à Gawen. Celle-ci avait fait le tour du campement. Les hommes comprenaient son besoin de solitude et le respectaient. Eux aussi avaient perdus des parents ou des amis dans la bataille. Il faudrait du temps pour que la blessure se referme.

Elane, depuis leur discussion, ressentait de l’affection pour Sianna. Pourtant depuis ce jour plus rien ne s’était produit. Sianna était vraiment plus qu’économe en parole. La jeune femme ne trouvait pas la solution pour aborder à nouveau cette femme si mystérieuse. Puis un soir elle s’était lancée et était venue s’asseoir auprès du feu, deux tasses de tisane fumantes dans les mains.

- J’ai trouvé de la menthe fraîche cet après-midi lorsque nous avons traversé le sous-bois, j’y ai ajouté un peu de mélisse. Je me suis dit que tu aimerais peut-être……

Elle avait été accueillie par un regard étonné. Un des sourcils de Sianna s’était levé chatouillant le bas de la frange qui couvrait son front. Elane avait déjà remarqué ce petit mouvement chez la femme brune. C’était un des rares signes d’expressions qu’elle laissait transparaître. Elles avaient bu en silence. Depuis chaque soir, Elane la rejoignait. Elles parlaient en sirotant leur tisane. Ou plus exactement Elane parlait pendant que Sianna soufflait sur le liquide brûlant. Elle s’arrêtait, regardait la jeune femme blonde assise à ses côté qui la submergeait de paroles, rajoutait une bûche dans la feu, sortait l’épée de son fourreau et commençait son affûtage quotidien. Gawen se joignait parfois à elles mais très vite il se sentait mal à l’aise avec la désagréable sensation d’être de trop. Il se levait, prétextant le besoin de parler à ses hommes ou de vérifier l’état des chevaux.

Enfin le paysage devint plus familier au groupe de voyageurs. Forêts, landes et sous-bois firent place à d’immenses champs de blé que les paysans viendraient bientôt faucher. Au loin, on commençait à apercevoir les tours de la forteresse. La vigie les aurait probablement signalés et les archers devaient déjà se tenir prêts à parer toute attaque.

- Qu’il est doux de retrouver toutes ces senteurs. Elane respirait le parfum des blés à pleins poumons. Viens Gawen, nous approchons du château. Allons rejoindre Sianna avant qu’un des gardes ne la prenne pour un ennemi.

____________

Chapitre 8

Ninianne était au bord de l’épuisement. Des jours et des nuits entières à veiller son père. Gawen était parti depuis une éternité lui semblait-il. Le chemin qui menait à Avalon était donc si long ? Et s’il s’était perdu dans les brumes ou noyé dans les eaux du lac ? Non Gawen était bon nageur. Pas comme elle qui avait peur de tout. Quelle sotte elle faisait de s’inquiéter à ce point. Gawen était fort et capable de se sortir de tous les pièges. Il était revenu vivant de toutes les batailles, pas comme ses frères dormants aujourd’hui sous la terre ou comme son père. « Pauvre père » songea Ninianne. Le mal avait encore progressé. La jambe à présent était noire jusqu’au genou. Il faudrait à nouveau couper le membre malade. Jamais il ne supporterait de vivre en infirme. Pourquoi Gawen et Elane n’arrivaient pas ? Elane saurait le soigner. Elle suivait l’enseignement des prêtresses d’Avalon depuis tant d’années ; c’était certain grâce aux soins d’Elane leur père guérirait. Toute à ses pensées Ninianne n’avait pas pris garde au brouhaha qui montait de la cour du château.

- Pardonnez-moi Maîtresse, mais une troupe arrive.
Ninianne sursauta, elle n’avait pas entendu la servante frapper avant de se glisser dans la chambre.
- Le guetteur vient de m’informer. Un groupe de cavaliers chevauche vers le château. Ce sont eux, Madame, ajouta la servante.

C’est Lui, pensa Ninianne en se ruant hors de la chambre.

Elle se tenait sur le perron de l’immense demeure, piaffant d’impatience, lorsque les cavaliers pénétrèrent dans la cour. Un homme en robe de bure se posta derrière elle. Une croix se balançait au bout de sa ceinture. Les mains glissées dans les manches de sa tunique, il regarda le groupe avancer vers eux. Son visage était vide de toute expression.

Elane sauta de cheval et se précipita dans les bras de sa sœur. Les deux femmes s’étreignirent longuement. Les deux autres attendirent avant de s’avancer à leur tour. Le religieux avait répondu au salut de Gawen par un léger signe de tête avant de poser un regard froid sur Sianna. Celle-ci lui renvoya un regard de glace. L’homme tourna la tête et tout son corps se figea au moment où Elane retira le capuchon qui couvrait son visage. Il fit demi-tour sans lui adresser une parole et parti d’un pas pressé à l’intérieur du château.

- Qui est-ce ? Questionna Elane
- Le père Marcellus.
- Un prêtre, ici ? Ajouta-t’elle d’une voix remplie de surprise.
- Je t’expliquerais plus tard, lui répondit Ninianne. Mais venez vous devez être affamés.

Elle prit les mains de Gawen et Elane dans les siennes et les entraîna à sa suite vers les cuisines. Sianna prétexta les soins aux chevaux pour les laisser seuls quelques instants. Elle ramassa les rênes et entraîna les trois montures vers l’écurie qu’elle avait remarquée lorsqu’ils avaient pénétré dans la cour. Après avoir retiré les selles, elle commença à étriller le premier. Ses sens se mirent en alerte. Un picotement familier dans la nuque lui confirma que quelqu’un l’observait. D’un mouvement naturel elle mit un genou à terre faisant mine de s’intéresser au sabot du cheval. Elle sentit un souffle léger frôler son visage. Avant que la lame ne l’atteigne, elle saisit d’un geste vif à quelques centimètres de sa poitrine le manche d’un couteau surgi de nulle part. Du bruit vers la porte. Son agresseur tentait de fuir. D’un bond elle se rua hors de l’écurie l’arme toujours à la main. L’endroit était désert. Elle héla un jeune garçon qui balayait la cour. Il n’avait rien vu.

D’un pas pressé elle traversa le hall et entra dans la cuisine. Ils étaient tous installés autours d’une grande table chargée de nourriture et l’invitèrent à partager leur repas. Gawen sentit que quelque chose s’était produit lorsqu’elle lui fit un signe discret de la tête. Il enjamba le banc sur lequel il était assis au côté de Ninianne et rejoignit Sianna près de la cheminée.

- Quelqu’un a tenté de me tuer dans l’écurie, chuchota Sianna. Elle sortit l’arme de sous sa cape et la présenta à Gawen. Connais-tu le propriétaire de ce poignard ?
- Je ne l’ai jamais vu. Gawen retourna la lame dans ses mains. On a voulu t’assassiner ? Qui ?
- J’ai ma petite idée là-dessus.
- A qui penses-tu ?
- Où est le prêtre ? Questionna Sianna tout haut en se tournant vers la salle pour que chacun entende.
- Il doit être au chevet de père ? Répondit Ninianne.
- Non Maîtresse, l’interrompit une servante. Je l’ai aperçu qui se dirigeait vers la chapelle.
- T’a-t-il parlé ? Questionna Sianna
- Non, il ne m’a pas vue, je me suis cachée. Il me fait peur.
- Où est la chapelle ?
- De l’autre côté. Tu es passée devant en venant des écuries. La petite porte avec une croix clouée sur le dessus, lui précisa Ninianne
- Je dois voir cet homme tout de suite. Elle quitta la cuisine aussi vite qu’elle y était entrée.

Le prêtre priait devant l’autel. Il se retourna quand la porte fut claquée violemment

- Qui ose ! Vociféra-t’il en se relevant.

En guise de réponse un poignard glissa sur le sol jusqu’à ses pieds.

- Le reconnais-tu ?
- Et pourquoi devrais-je le reconnaître ?
- Ne viens-tu pas de tenter de m’assassiner avec ? Elle se tenait devant lui le dépassant de plus d’une tête. Ses yeux braqués dans ceux du prêtre ne cillaient pas.
- Vous êtes folle. Vous insultez la maison du Christ en accusant un de ses représentant, éructa le Père Marcellus. Sortez !
- Ecoute-moi bien prêtre. A partir de maintenant je ne vais plus te quitter des yeux. Où que tu te caches tu me trouveras sur ton chemin. Même si tu ne me vois pas sache que je serais là tout près de toi. La voix était grave, menaçante. Glaciale.
- Vous êtes une fille du démon pour oser menacer un prêtre dans sa propre maison. Quittez ce lieu, sortez, sortez !
- Un dernier conseil. Ne tente plus rien ni contre moi ni contre mes amis.

La guerrière le planta au milieu de son église. Il tremblait de peur et bouillait de rage en même temps. Ses yeux restèrent longtemps fixés sur la porte qu’elle avait refermée en quittant la chapelle.

____________

Chapitre 9

Qu’il faisait bon d’être chez soi songeait Elane. Sa chambre était restée telle qu’elle l’avait laissée. Ninianne venait de la quitter et elle savourait avec joie ces instants de solitude. Non qu’elle ne soit heureuse de retrouver sa sœur, mais elle avait envie de goûter seule ses retrouvailles avec son ancienne vie. Et puis Ninianne avait semblé bien pressée de s’occuper du confort de Gawen. Après tout c’était bien normal, pour des amoureux. Un coup à la porte la fit sortir de ses pensées.

- Ma princesse est de retour.
- Ada. Ma bonne Ada. Elane se laissa tomber dans les bras de sa nourrice.

Ada était entrée au service du seigneur Belhoc quelques années après la mort de sa femme. Elia était une jeune femme fragile que les maternités successives avaient épuisée avant l’âge. Bien que ce fût une union sans amour, car leur mariage avait été négocié par leurs pères bien avant leur naissance, les deux époux avaient fini par s’apprécier. De cette alliance était nés quatre enfants forts et en bonne santé. Belhoc, que la vie de châtelain ennuyait à mourir parcourait plus souvent les champs de bataille que son domaine, laissant à sa femme l’entière direction de leurs terres. Cette situation convenait à chacun. Il resta fidèle à son épouse bien des années après sa mort. Elia avait quitté le monde un an après l’arrivée de la petite Ninianne.

Ada, n’était déjà plus très jeune lorsqu’elle était venue proposer ses services au château. Veuve d’un mari mort des fièvres qui avaient ravagé la campagne l’hiver durant, sans parents pour subvenir à ses besoins, elle était en quête de travail. C’était la vieille Kellen qui l’avait reçue et affectée au raccommodage et à la broderie. Kellen, nourrice des quatre enfants du seigneur tout comme elle l’avait été pour leur mère des années auparavant. Les deux femmes s’étaient très vite liées d’amitié et passaient des heures entières ensemble à filer ou broder en surveillant les enfants. Puis un jour, alors qu’Ada s’étonnait de ne pas trouver Kellen dans la cuisine comme chaque matin elle l’avait découverte dans son lit. La mort l’avait emportée durant son sommeil. Tous pleurèrent sa disparition et Ada pris naturellement la place de la nourrice disparue. Le seigneur Belhoc découvrit en Ada une femme douce et intelligente. Les deux veufs se rapprochèrent. Les enfants grandirent dans le bonheur.

La vieille femme versait de chaudes larmes dans le cou de sa protégée.

- Ne pleure pas, nourrice.
- Ce sont des larmes de joies, j’avais si peur que tu n’arrives jamais. Qu’ils te retiennent là bas ou que tu ne sois tuée sur le chemin. Et maintenant tu es là et je n’étais même pas présente pour t’accueillir.
- Ninianne m’a dit que tu étais allée au village aider à l’accouchement d’une de nos servantes pour son premier enfant. Et tu vois, je suis la et il ne m’est rien arrivé. Elane caressait doucement le dos de la vieille femme.
- Ce n’est pas ce que racontait Gawen à ton père quand j’ai quitté son chevet.
- Tu devrais savoir qu’il ne faut pas croire tout ce que racontent les hommes. C’est toi qui me l’as appris.
- Gawen ne ment pas.
- Ada. Je vais bien
- Louée soit la Déesse qui t’a protégée.
- Louée également soit la femme qui m’a sauvée
- Est-ce-que je dérange ? Sianna se tenait sur le seuil. Elane, surprise, la pria d’entrer.
- Que se passe-t-il ? As-tu besoin de quelque chose ? Ta chambre ne te convient pas ?
- Non, ce n’est pas ça, j’aimerai te parler.

Elane lança à la guerrière un regard étonné.

- Avant laisse-moi te présenter Ada, ma nourrice, celle qui m’a élevée ainsi que ma sœur et mes deux frères.

Sianna toujours sur le pas de la porte salua la femme d’un bref signe de tête.

- Je vais vous laisser. Il faut que je retourne aux cuisines donner des ordres pour le dîner. Ils ne vous nourrissent donc pas sur ton île que tu es plus maigre qu’un moineau après l’hiver ?

La nourrice quitta la pièce en remontant d’un geste bref son opulente poitrine. Ce qui lui valut un haussement du sourcil de la guerrière.

- Elle fait toujours ça quand elle est énervée ou gênée. Je pense que tu dois l’impressionner.
- Je vois. Elane j’aimerais te ..

Un autre coup à la porte interrompit la guerrière. Ninianne passa la tête par l’entrebâillement de la porte.

- Père nous attend
- Nous arrivons répondit Elane à l’attention de sa sœur. Puis se tournant vers Sianna : Que voulais-tu me dire ?
- Plus tard.

Gawen assis sur un tabouret près du lit, racontait au Seigneur Belhoc comment ils étaient venus lui et ses hommes à bout d’une horde de Saxons plus répugnants les uns que les autres. Le vieil homme au fond de son lit revivait. Participant au récit comme s’il avait été au cœur de la bataille.

- Comme j’aurais voulu être à tes côtés, répliqua Belhoc. Maudite blessure. Bientôt je reposerai auprès de mes fils. Eux au moins auront eu l’honneur de mourir au combat et pas dans leur lit comme l’infirme que je suis devenu. Le regard du vieil homme s’assombri d’un coup. Mais voilà ma fille ! Son visage de nouveau s’éclaira, redonnant un peu de vie aux deux yeux devenus ternes. Entre mon enfant, viens embrasser ton vieux père et n’écoute pas les sottises d’un vieillard.
- Père, vous ne serez jamais un vieillard, répondit Elane en déposant un baiser sur le front de son père. Comment vous sentez-vous ? J’ai apporté avec moi quelques remèdes. Désirez-vous que j’examine cette jambe qui vous fait tant souffrir ?
- Non ma fille, au diable cette jambe et son mal. Ils m’emporteront bientôt tous deux. Je connais ces blessures. On te coupe le pied, puis le genou et enfin la cuisse. Mais le mal continu, il s’attaque à l’autre jambe. Que reste-t-il a couper ? Ce n’est pas pour ça que je t’ai fait venir ma fille. Mais tout d’abord présente-moi à celle qui à sauvé ta vie. Gawen m’a parlé d’elle et de son courage. J’aimerais la remercier en personne.
- Sianna est derrière la porte. Elle attend que tu la pries d’entrer.

Elane introduisit la grande femme brune au chevet de son père

- Seigneur Belhoc c’est un honneur. Sianna s’inclina au pied du lit de l’infirme.
- Dame Sianna. J’ai une dette envers vous. Vous avez sauvé un de mes biens les plus précieux. Ma fille Elane. Aussi j’aimerais vous récompenser. Parlez.
- Plus tard Seigneur. Je vous ferai connaitre mon souhait le moment venu.
- Comme il vous plaira Dame Sianna. Mais n’attendez pas trop longtemps, mes jours sur cette terre sont comptés.
- Père !
- Ninianne ne m’interrompt pas. Mes enfants, j’ai à vous parler, approchez-vous, commença le seigneur Belhoc avant d’être coupé par un cri montant de la cour. Un second lui fit écho, puis un troisième. Quel est tout ce fatras ? Éructa-t-il.

Gawen avait couru à la fenêtre au premier cri. Des flèches enflammées tombées du ciel embrasaient la cour du château.

- Seigneur Belhoc nous sommes attaqués ! Déjà il quittait la chambre, Sianna et Elane sur les talons.

L’écurie était en feu. Les chevaux piétinaient le sol de leurs stalles. Elane lança des ordres aux palefreniers. L’un deux tomba mortellement blessé une flèche plantée en travers du cou. Elane arracha les rênes de la main qui les tenait encore et saisit la bête apeurée par le mors. Elle l’entraina à l’abri avec les autres chevaux. Les servantes avaient commencé une chaîne qui partait du puits jusqu’au foyer. Les hommes lançaient des gerbes d’eau sur les flammes. Elane les rejoignit dès que tous les chevaux furent en sécurité. Pendant ce temps Gawen et Sianna avaient gagné les remparts et jugeaient la situation. Les ennemis avaient l’air nombreux et bien armé. Mais l’homme et la femme en soldats aguerris connaissaient leurs tactiques d’attaques. Tout d’abord une volée de flèches pour embraser la place. Puis une attaque brève et rapide. Les uns tenteraient de défoncer la porte à coup de bélier pendant que les autres escaladeraient les murs sur des échelles de fortunes. Gawen et Sianna se répartirent les rôles. Il défendrait la porte pendant qu’elle protègerait les remparts.

Les ordres fusèrent de toutes parts. Sianna répartit ses hommes à l’abri des murets. Ils avaient ordre de se tenir prêt mais ne devaient pas tirer avant son signal. Pendant ce temps on montait les chaudrons remplis de poix brûlante. Des blocs de pierres s’entassaient sur les remparts prêts à être jetés sur l’assaillant. Belhoc en combattant expérimenté maintenait armes et hommes sur le pied de guerre. En cas d’attaque ils seraient prêts à repousser l’ennemi. Gawen avait fait renforcer la poutre qui maintenait fermée les deux portes de la forteresse. Des archers montés sur les deux tours attendaient eux aussi le signal.
Un brouhaha dans la cour détourna l’attention des soldats.

- Père, que faîtes-vous la. Elane traversa l’espace qui la séparait de son père en quelques secondes. Père, vous êtes fou, rentrez immédiatement vous mettre l’abri. Ninianne… .
- Je suis le maître ici et ma place est au combat.

Le vieil homme l’épée à la main, avait revêtu sa cotte de maille et sa cape. Il avait contraint sa fille et Ada à le vêtir, lui donner ses armes et le descendre dans la cour. Les deux femmes avaient protesté du danger, mais rien n’y avait fait et elles s’étaient pliées.

- Gawen ! hurla-t’il d’une voix de stentor. Aux ordres !

Gawen accouru à son tour.

- L’ennemi se rapproche Seigneur. Ils vont bientôt encercler la place. Dame Sianna a pris le commandement des archers. Je maintiendrais notre sécurité.
- Parfais, acquiesça le vieil homme. Les lances ?
- Elles sont prêtes à transpercer l’ennemi.
- Et les hommes ?
- Prêts à en découdre Messire.
- Gawen, aux armes !! L’ordre avait fusé de Sianna
- Va mon fils, bats-toi jusqu’à la victoire. Pas de quartier, pas de survivants.

Gawen s’inclina devant le vieux maître et couru rejoindre son poste. La horde avançait. Elle était bien plus importante qu’une simple troupe de brigands. Des clans avaient dû pactiser. Sianna du haut des remparts dénombra au moins une cinquantaine d’hommes armés jusqu’aux dents. De son côté elle pouvait compter sur une trentaine d’archers. Une quinzaine d’autres avaient été affectés à la défense de la porte. Dans la cour quelques femmes, des enfants et les paysans venus de mettre à l’abri. Pas de véritables combattants. On leurs avait distribués des épées et des lances. Mais à leurs façons de les tenir la guerrière voyait bien qu’ils se feraient tués dès le premier assaut. Il faudrait en abattre le plus possible avant qu’ils n’atteignent les murs du château.

Le premier coup fit sursauter la foule entassée dans la cour. La pluie de flèches avait cessé depuis quelques minutes. Un silence de mort s’était installé. Chacun retenait son souffle quand soudain le choc avait résonné dans toutes les poitrines. L’ennemi attaquait la porte à grands coups de bélier. Gawen cria son premier ordre. D’énormes pierres basculèrent du haut de la muraille écrasant dans leurs chutes les assaillants. Le bruit des os broyés se répercuta dans toutes les oreilles. D’autres Saxons les remplacèrent et finirent sous le second jet de pierres. La poix ébouillanta les survivants.

Pendant ce temps Sianna surveillait la progression du reste des ennemis. « Approchez mes mignons » songeait-elle. Un regard d’acier, presque inhumain brillait dans ses yeux. Le goût de la bataille montait en elle et elle le laissait s’installer avec satisfaction. Ses doigts serraient la garde de l’épée de son ami « Ce sera ta vengeance Turok, j’en fais le serment ». Les soldats avaient les yeux braqués sur la guerrière, attendant toujours le signal. La horde était presque arrivée au pied de la muraille lorsque la grande femme brune poussa son cri. Les hommes se relevèrent d’un seul mouvement et décochèrent une volée de flèches avant de se remettre à l’abri remplacés par un second groupe. Les cris qu’ils reçurent en échos les informèrent de la justesse des tirs. Mais l’ennemi n’était pas prêt à battre en retraite. D’autres flèches volèrent, mais ce coup ci à l’intérieur des murailles. Deux hommes furent touchés et basculèrent dans la cour. Sianna avisa un coup d’œil au travers d’une meurtrière et repéra le groupe d’archers embusqués. D’autres Saxons approchaient protégés par des boucliers au dessus de leurs têtes. Ils transportaient des échelles.

Les coups de butoirs contre la porte continuaient à un rythme cadencé, mais elle tenait bon. Les immenses gongs enchâssés dans la pierre n’avaient même pas bougé. Les archers lançaient traits, pierres et lances sur un ennemi qui semblait sans cesse se renouveler sans pour autant gagner du terrain. Gawen laissa la protection de la porte à son lieutenant et rejoignit Sianna sur les remparts. Il s’agenouilla prêt d’elle et d’un rapide coup d’œil mesura la situation.

- Mes hommes tiennent bon. La porte n’est pas prête de céder. Combien de blessés ici ? demanda-t-il sans tourner la tête.
- Deux seulement. Ces soldats savent se battre, répondit la femme qui scrutait elle aussi l’horizon accroupie derrière le muret.
- Avec les trois qui ont été touchés de mon côté, on peut s’estimer heureux. Les pertes sont plus importantes en face.
- Leur nombre diminue. L’assaut des remparts est leur dernière chance. Ils vont abandonner la porte pour fondre sur nous.
- Comment le sais-tu ?
- J’en ferais autant. Cette porte est une véritable forteresse à elle seule. Ils vont vite comprendre qu’elle est inviolable. Tiens-toi prêt à rapatrier tes hommes.

Gawen acquiesça et reparti vers son poste.

Pendant ce temps, un hôpital de fortune s’était créé. Les paillasses avaient été sorties des chambres et alignées dans le grand hall. Elane avait pris le commandement des opérations. Un groupe de femmes sous les ordres d’Ada préparait de la charpie avant de la tremper dans un mélange désinfectant de jus de sauge, de sigüe et de myrrhe et de l’emporter à Elane qui en faisait des cataplasmes. Ninianne s’occupait des bandages. Les blessés avaient été mis à l’abri dans l’enceinte du château. Belhoc avait été rentré de force et trônait maintenant au centre de la pièce. Il gardait les yeux rivés sur la porte d’entrée béante, son épée posée sur les genoux. Elane courait d’un blessé à l’autre, cautérisait une plaie, appliquait un baume, ceignait une tête d’un bandage. Pour certains elle ne pouvait plus rien et d’un signe elle envoyait deux hommes emmener le corps sans vie dans une autre pièce. S’il y avait peu de soldats blessés, paysans et serviteurs n’avaient pas eu cette chance. Certains souffraient de brûlures, comme ce jeune garçon qui avait reçu une flèche enflammée dans la jambe. Il gémissait tant qu’Elane lui avait fait boire quelques gouttes d’extrait de pavots. A présent il dormait et elle avait pu nettoyer la blessure avant de l’enduire d’un cataplasme à base de miel. Elle leva un regard désolé sur la scène qui se déroulait devant elle. Quand elle croisa celui d’Ada, le sourire chaleureux que celle-ci lui envoya lui remonta le moral et elle se remit à la tâche. Une autre plaie à panser l’attendait.

Les Saxons grimpaient maintenant aux échelles appuyées contre les remparts. Comme Sianna l’avait pressenti, ils avaient abandonné le bélier et s’étaient répartis au pied de la forteresse. Gawen et ses hommes l’avaient rejointe. Ils se tenaient prêts l’épée à la main à repousser l’assaillant. La première tête émergea au dessus du mur et fut aussitôt tranchée nette par un coup épée de Sianna. Le corps entraîna dans sa chute les Saxons qui montaient à sa suite. D’autres cris et d’autres chutes se succédèrent. Les échelles de fortunes étaient repoussées une à une. Puis l’une des brutes réussit à enjamber la muraille. D’autres suivirent et le corps à corps s’engagea. Chacun lutta pour sa vie. La guerrière avait choisit un Saxon d’une taille phénoménale. Elle se demanda avec quoi leurs mères pouvaient bien les nourrir. Mais ce n’était pas le moment. Il fondit sur elle l’épée brandie au dessus de sa tête. Fatale erreur. Sianna mis un genou à terre et planta la lame de bas en haut jusqu’à la garde sur l’homme qui était venu bêtement s’empaler. D’un mouvement d’épaule elle repoussa le corps le faisant basculer par-dessus la rambarde. Un coup d’œil rapide lui appris que Gawen était en mauvaise posture. Elle se débarrassa en deux coups de pieds bien placés de deux autres assaillants et prenant élan sur le dos d’un troisième elle sauta par-dessus pour atterrir à côté de Gawen.

- Un coup de main peut-être, souffla la guerrière.
- J’aurais pu en venir à bout mais ce n’est pas de refus. Prête ?

Il n’attendit pas la réponse. L’homme et la femme se plaquèrent dos à dos coudes pliés, la lame de leurs épées masquant leurs visages. Les quatre Saxons fondirent sur eux. Le premier eut le bras arraché par Gawen et bascula dans le vide. Le second, la gorge tranchée par Sianna s’effondra sur le sol déséquilibrant le troisième dans sa chute. Il reçu un coup d’épée en plein cœur. Le dernier fut le plus coriace. Il avait coincé Gawen dans l’angle du rempart et lui assénait des coups d’une rare violence. Gawen parait autant qu’il pouvait mais il commençait à sentir son bras faiblir. Il ne tiendrait plus longtemps s’il n’arrivait pas à se dégager de là. Tentant le tout pour le tout, il choisit le moment ou le guerrier levait son épée pour rouler au sol. La lame du barbare rencontra la pierre et fit voler quelques étincelles. Furieux il se retourna et rencontra le regard de glace de Sianna. Avec un méchant rictus elle lui planta un poignard en pleine poitrine. L’homme agrippa le manche d’une main, lâcha le glaive qu’il tenait de l’autre avant de tenter de s’agripper à l’épaule de la femme et de s’effondrer. Gawen se releva et regarda autour de lui. Beaucoup de morts et de blessés mais les derniers Saxons avaient choisis de s’enfuir. La forteresse était trop bien gardée. Les hommes les regardèrent s’enfuir en poussant des cris de victoire.

En entendant la joie éclater au dehors, Elane su que le combat était fini. Elle se précipita sur le perron suivie de Ninianne et de tous ceux qui étaient encore suffisamment valides. Belhoc apparu à son tour soutenu par deux porteurs aux blessures légères. On apporta un siège, installa l’infirme et Gawen encore couvert du sang de ses ennemis, suivi d’une Sianna toute aussi maculée, vint l’informer de leur victoire et de la débâcle des Saxons.

- La bataille est gagnée Seigneur Belhoc. La racaille s’est enfuie.
- Je suis fier de toi mon enfant. Tu nous as défendu bravement. Belhoc serra dans les siennes les mains du jeune homme. Quant à vous Dame Sianna, ajouta-t’il en regardant la jeune femme, je suis à nouveau votre débiteur. Vous êtes une puissante combattante et j’aurais aimé vous avoir à mes côtés lorsque je pouvais encore me battre. Peut-être que grâce à vous mes fils vivraient encore.
- Père, l’interrompit Ninianne, ce n’est pas le moment de se laisser aller à la tristesse. Réjouissons-nous de ce moment.
- Nos amis vont avoir besoin de se reposer, ajouta Elane, et vous aussi Père. A présent rejoignez votre chambre. Je m’occupe du reste.
- Envoi quérir le Père Marcellus, ajouta l’infirme. Beaucoup de ces hommes s’étaient convertis à la foi du christ.

Les morts furent enterrés sous la bénédiction du père Marcellus. Ninianne raconta à Elane comment leur propre père avait lui aussi rejoint les Chrétiens et reçu le baptême. Elane ne comprenait pas. Lui qui avait grandi sous la protection de la Déesse, envoyé sa propre fille suivre l’enseignement d’Avalon avait renié sa foi. Ninianne raconta à sa sœur que le père Marcellus était arrivé un matin envoyé par l’évêque en personne sur les recommandations d’Arthur. Depuis ce jour il ne cessait de harceler les habitants du château leurs promettant la damnation éternelle s’ils ne se convertissaient pas et continuaient d’adorer la Déesse. Les rites, considérés comme païens furent interdits. Lorsque l’on avait commencé à parler de la fête du solstice et des feux de Belthane, il s’était mis dans une rage folle, hurlant comme un dément dans tout le château et fit jurer à Belhoc qu’aucune fête en l’honneur de la Déesse ne serait plus jamais célébrée sur ses terres. Depuis il obligeait chacun à se confesser toutes les semaines. Ceux qui refusaient faisaient l’objet de toute sa haine. Il prêchait un Dieu de bonté tout en agissant en tortionnaire.

Les jours qui suivirent furent passés à remettre le château en état. Sianna rassembla un groupe de soldats afin de sillonner la campagne et vérifier que les Saxons avaient quittés les terres de Belhoc. Elle sélectionna quelques hommes parmi les meilleurs au combat rapproché, bien que tous se fussent portés volontaires pour la suivre depuis qu’elle les avait menés à la victoire. Les archers resteraient protéger le château en cas de nouvelle attaque sous le commandement de Gawen. Avant de partir elle entraîna Elane à part, loin de toutes oreilles indiscrètes.

- Les évènements de ces derniers jours m’ont empêché de te parler. Murmura la jeune femme brune à l’oreille de la future prêtresse. En attendant mon retour, je veux que tu te tiennes loin de cet homme. Elle désigna un rapide coup d’œil le prêtre qui traversait la cour d’un pas pressé. Il est dangereux. Tu ne devras à aucun moment te retrouver seule avec lui.
- Mais …. Tenta de répondre Elane
- Fais ce que je te dis, rajouta la guerrière d’un ton plus ferme en lui serrant les bras. Il en va de ta vie.

Elane la regarda sans être sure d’avoir bien compris le sens des mots. Elle opina pourtant de la tête et posa son regard le dos du prêtre au moment où il disparaissait dans l’entrebâillement d’une porte. Elle tourna ses yeux à nouveau vers Sianna et répondit :

- Il faudra que nous ayons cette conversation dès ton retour. Toi et tout ce que tu me dis me semblez de plus en plus étranges. Pourtant je sens au fond de moi-même que je peux te faire confiance. Je me tiendrais loin de lui, tu as ma parole.

La guerrière serra à nouveau les bras d’Elane mais cette fois ci d’une légère pression remplie de tendresse. Puis elle rejoignit ses hommes et la petite troupe quitta le château.

____________

Chapitre 10

Sianna comme à son habitude, chevauchait en tête, suivie à quelques pas par Ambios. L’homme l’avait suppliée de l’emmener arguant qu’il était le meilleur éclaireur et que personne ne connaissait mieux la région que lui. Depuis leur départ, il la collait comme son ombre. Ils chevauchèrent deux jours, suivant les traces laissés par les pillards. Elles n’étaient pas difficiles à suivre. Des granges brûlées et des champs dévastés, des corps mutilés pendus aux arbres montraient tous les signes de leur hargne après une si cuisante défaite.

La troupe de Sianna les rejoignit alors qu’ils s’en prenaient à un petit hameau. L’odeur d’incendie leur était parvenue une lieue plus tôt. Eperonnant leurs chevaux ils avaient fondus sur l’assaillant occupé à massacrer ces pauvres hères sans défense. Un Saxon sortit d’une des masures les bras chargés de tous les objets de valeurs qu’il avait pu trouver. L’épée de la guerrière lui trancha la gorge sur son passage. L’homme tomba à genoux, son précieux fardeau roulant à ses pieds. Un autre tenta de la désarçonner et reçu un violent coup de talon dans le nez qui craqua sous l’impact. Ambios lui planta sa lance dans le ventre. Sianna lui adressa un signe de tête avant de partir poursuivre d’autres pillards. La rage des Saxons se lisait sur leur visage. Ils avaient dû s’enfuir sur ordre de leur chef à leur précédente bataille, cela ne se reproduirait pas. Ils l’avaient poignardé à la première occasion.

Les hommes de Sianna abandonnèrent les chevaux pour se lancer dans un combat au corps à corps. Les épées sorties des fourreaux s’entrechoquaient. Le bruit du fer contre le fer répercutait la violence des coups. Sianna les laissa venir à elle, recula de quelques pas tout en faisant tourner dans ses mains une lance ramassée au passage.
Ils étaient cinq, peut-être six, tous plus laids les uns que les autres. Aux sourires mesquins qu’ils portaient sur le visage, elle répondit par un regard de glace. Ils chargèrent en même temps et rencontrèrent le vide. La femme devant eux quelques instants plus tôt avait disparu. D’un bond, Sianna s’était littéralement envolée au dessus de leur tête, pour atterrir dans leur dos. L’un d’entre eux reçu un violent coup dans les reins qui l’envoya manger la poussière. Un autre s’effondra, le crâne défoncé par la hampe de la lance. Lorsque les autres se retournèrent, ils reçurent un à un la botte de Sianna en plein visage. Le craquement des mâchoires résonna dans un bruit sordide. La guerrière, prenant appui sur la lance plantée dans le sol, s’était élancée dans les airs et dans un mouvement circulaire, avait projeté au loin ses derniers assaillants. Certains plus sonnés que d’autres mirent quelques instants à se relever. Pendant ce temps elle avait déjà renvoyé l’âme d’un autre au pays de ses ancêtres. Deux d’entre eux chargèrent la guerrière. Un nouveau salto et les deux hommes s’empalèrent mutuellement. Les derniers se regardèrent. Cette femme était un démon. Il n’y avait pas de honte à s’enfuir devant le diable. Ils furent rattrapés dans leur course par deux lances qui leurs transpercèrent le corps.

Sianna rejoignit ses compagnons d’armes. Certains étaient légèrement blessés, l’un d’entre eux avait péri. Un peu plus loin, elle remarqua Ambios prostré auprès d’une forme couchée sur le sol. Lorsqu’elle arriva à sa hauteur, elle découvrit tout ce qu’il y avait de plus sordide dans une guerre. Une jeune femme au visage enfantin était étendue sur le sol dans une position grotesque comme un pantin désarticulé, offrant sa nudité à tous les regards. Du sang avait séché le long de ses cuisses. Son cou long et fin portait la marque des doigts épais qui l’avaient broyé. La grande femme brune s’éloigna de la scène pour revenir quelques instants plus tard une cape dans les mains. Avec des gestes remplis de douceur elle recouvrit le corps.

- Je connaissais cette femme. Ambios n’arrivait pas à détacher ses yeux du corps sans vie. Elle ne demandait rien à personne, au contraire, elle était toujours prête à aider les autres. Elle ne méritait pas ça.
- Comme aucun d’entre eux, ajouta la guerrière d’une voix lasse.

Les survivants du hameau refusèrent de suivre les soldats. Ils enterreraient leurs morts et jetteraient la dépouille de leurs tortionnaires aux charognards. Le village devait être remis en état avant les moissons. Du moins ce qu’il en resterait. Ils étaient nés sur ces terres et y mourraient. Que ce soit de vieillesse ou sous les coups des pillards. C’était ainsi depuis la nuit des temps.

La troupe reprit sa route. Puis au bout de quelques jours sans faire de mauvaise rencontre, Sianna estima qu’ils pouvaient rebrousser chemin. L’idée de rentrer chez soi et prendre du repos redonna de la vigueur aux hommes et le trajet fut parcouru en un rien de temps.

A l’approche du château Sianna ressentit une sensation de malaise plus forte encore que celle qu’elle avait éprouvée à sa première visite. Elle pressa sa monture et pénétra dans la cour. L’activité y semblait normale. De la bataille ne restait que des traces de brûlé sur les murs de pierre. Des hommes étaient en train de reconstruire les écuries dévastées par le feu. Elle descendit de cheval et pénétra dans le grand hall où elle fut accueillie par une Ada en toute effervescence.

- Vous arrivez à point, le maître à convoqué toute sa maisonnée. Je ne sais pas ce qui se trame, mais j’ai un nœud au ventre qui ne me dit rien de bon.
- Où sont-ils ? demanda Sianna
- Dans la chambre du seigneur Belhoc. Suivez-moi.

La femme brune précédée de la nourrice se glissa dans la chambre au moment où Belhoc prenait la parole. Il avait contracté la fièvre juste après la bataille et n’avait plus quitté son lit depuis. A sa tête le père Marcellus. Elane, Ninianne et Gawen se tenaient de part et d’autre de la couche.

- Dame Sianna, s’exclama le vieillard, vous arrivez à point nommé pour entendre ce que j’ai à dire. Puis se tournant vers le jeune homme, Gawen depuis toujours je t’ai considéré comme un de mes fils. Ton père m’a confié ton éducation à sa mort et je sais qu’il serait fier de voir l’homme que tu es devenu. Comme mes deux aînés ont rejoint la terre de mes ancêtres, je dois aujourd’hui choisir celui qui me succèdera. C’est toi que j’ai choisi Gawen. Tu as la force et la sagesse pour gouverner. Aussi, pour légitimer ton pouvoir et ta reconnaissance sur ces terres, j’ai décidé de te donner ma fille en mariage. Je sais que vous vous aimez depuis longtemps. Le père Marcellus célèbrera votre union dès que vous aurez reçu le baptême. Cette union n’en sera que plus heureuse. Gawen, donne-moi ta main. Mon fils, je te donne pour épouse et devant chacun ici présent ma fille Elane. Elane, donne-moi ta main à ton tour que je vous bénisse.

Le cri de Ninianne avait fait sursauter toute l’assemblée. Se frayant un passage entre la nourrice et la guerrière elle s’enfuit de la chambre en pleurant. Gawen restait pétrifié. Sa main tenant toujours celle du seigneur Belhoc. Elane, abasourdie par ce qu’elle venait d’entendre fixait son père avec la plus totale incompréhension. Puis se ressaisissant elle dit enfin :

- Père, Père, c’est impossible. Je ne peux pas épouser Gawen. Père j’appartiens à la Déesse et à Avalon.
- Balivernes ! Ta place est ici, éructa Belhoc. Tu épouseras Gawen. Ninianne, quant à elle, partira pour le couvent des nonnes de Glastonbury tout de suite après les noces.
- Non ! Je ne l’épouserai pas. Ni lui ni aucun autre. Dès mon retour sur l’île sacrée je prêterais le serment d’Avalon. Elane retira d’un geste brusque sa main de celle de son père. Vous avez raison lorsque vous dites que votre fille aime Gawen. Mais c’est Ninianne l’élue de son cœur. Gawen et elle s’aiment et se sont promis. N’avez-vous rien remarqué ou ne voulez-vous rien voir ? Donnez Ninianne à Gawen et vous ferez leur bonheur.
- Ma décision est prise et tu t’y soumettras. Le père Marcellus vous baptisera dès demain.
- Jamais ! cria Elane. Je suis une fille de la Déesse, je refuse votre baptême et votre religion. Elle ferma les yeux, pris une longue inspiration avant de reprendre d’un ton plus doux. Père, je ne comprends pas. Vous nous avez élevé dans la foi de l’amour de la Dame du Lac. Vous étiez si fier lorsque je vous ai annoncé mon souhait de devenir prêtresse. Pourquoi ?
- Parce qu’elle m’a trahie en laissant mourir mes fils devant mes yeux. Elle nous a abandonné. Je la hais elle et tous les païens qui la vénèrent.

Gawen qui n’avait toujours pas lâché la main de l’infirme s’agenouilla à son chevet et ajouta :

- Seigneur Belhoc, je vous ai toujours vénéré comme mon propre père. Vous m’avez tout appris. Mais aujourd’hui celui que vous considérez comme votre fils se doit de vous désobéir. Votre fille a raison. J’aime Ninianne et comptais au retour de ce voyage vous demander sa main. J’aime aussi Elane, mais comme la sœur qu’elle a toujours été pour moi. Je désire vieillir aux côtés de Ninianne, voir grandir nos enfants. Seigneur Belhoc, ne brisez pas nos rêves.
- Gawen. Ma décision est prise. J’aurais pu te donner Ninianne si Kelvin ou Renan étaient encore en vie. Mais ce n’est pas le cas. Tu épouseras ma fille aînée Elane comme je viens de te l’ordonner. A présent sortez de cette chambre. SORTEZ TOUS.

Chacun quitta la pièce en silence. Elane et Gawen ne savaient plus que penser. Ada était en pleurs soutenue par la jeune femme. Le père Marcellus les suivaient les yeux plissés par la colère. Un tic nerveux étirait le coin de sa bouche. Tout partait de travers. Il allait devoir revoir son plan. Sentant une présence dans son dos il se retourna et le sang lui glaça les veines lorsque son regard croisa celui de Sianna. « Cette femme est encore plus dangereuse que je ne pensais » songea-t-il en s’en éloignant d’un pas pressé.

La tête du vieil homme reposait sur ses oreillers. Des questions s’entrechoquaient dans sa tête l’empêchant de trouver le sommeil. Un léger raclement de gorge lui fit ouvrir les yeux. La guerrière se tenait au pied du lit.

- Dame Sianna ; que faites-vous dans ma chambre ? Que voulez-vous ?
- Parler, répondit la femme tout en s’appuyant au montant du lit.
- Parler ? Mais de quoi ?
- De ma récompense
- Je ne comprends pas. Que voulez-vous ?
- La récompense que vous m’avez promise.
- Cela ne peut pas attendre ?
- Non
- Que voulez-vous ?
- Je veux Elane.
- Que dites-vous ?
- Vous m’avez très bien entendu. Sa vie m’appartient depuis que je l’ai sauvée, donc je la veux.
- Vous êtes folle !

Le vieillard s’appuyant sur ses poings tentait vainement de se redresser. A bout de force il abandonna se laissant retomber lourdement.

- Laissez-moi vous aidez.

Sianna s’était rapprochée et déjà glissait un bras ferme dans le dos de l’infirme.

- Je n’ai que faire de votre condescendance, cracha Belhoc. Lâchez-moi.
- Ecoute-moi vieillard borné, glissa Sianna dans l’oreille de Belhoc. Je vais emmener Elane que tu le veuilles ou non. N’as-tu pas vu assez de souffrance autour de toi pour vouloir le malheur de tes propres enfants ? Tes fils sont morts, cela ne te suffit donc pas ?
- Ma fille épousera Gawen. Je suis le maître et j’ai tout pouvoir.
- Seule la Déesse possède le pouvoir. Tu n’es rien. Tâche de t’en souvenir.

Lorsque Belhoc ouvrit la bouche, Sianna avait déjà disparu.

Fin 2ème partie

Legendrina
Administrateur
Messages: 276
Publier Re: La naissance dune légende.
le: February 2, 2012, 10:05

Pour avoir eu la primeur de la lecture, je peux me permettre de ne pas attendre la fin pour poster mon avis même si tu le connais déjà :P

J'aime bien l'histoire que tu proposes et le rythme que tu donnes, notamment dans les combats.
Ton idée est originale et je pense qu'elle plaira à certains membres de ce forum que j'ai déjà invités à venir te lire !

Et je salue également ton courage, paske pour l'avoir vécu, je sais que c'est tout sauf facile de poster une fic sur un forum quel qu'il soit, même si c'est une fic Xena ! lol
Du coup je suis bien contente que tu aies accepté de partager un peu de ton talent avec nous ;)

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CHICKEN-
LII
Disciple Hestian
Messages: 176
Publier Re: La naissance dune légende.
le: February 3, 2012, 17:26

3ème Partie

Chapitre 11

- Qu’allons-nous devenir ? Ninianne blottie dans les bras de Gawen ne cessait de sangloter.
- Elane va trouver une solution, la consolait Gawen. J’ai toute confiance en elle. Elle fera changer ton père d’avis, tu verras.
- Je ne crois pas. Elane venait de les rejoindre. Elle s’assit près d’eux sur le lit avant de continuer. Je viens de faire une nouvelle tentative, sans succès. Notre père refuse de revenir sur sa décision. Quand je suis entrée dans sa chambre Il écumait de rage et a refusé de me dire ce qui l’avait mis dans cet état.
- Moi. Sianna venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte. Je suis la cause de sa colère. J’ai réclamé mon dû et il a refusé.
- Qu’as-tu dont demandé interrogea Elane. Mon père semblait prêt à tout t’accorder pour avoir sauvé ma misérable vie ?
- Toi. Je tai réclamée toi, comme récompense. Le silence tomba sur la pièce. J’ai sauvé ta misérable vie comme tu viens de le dire. Je le lui ai rappelé et précisé qu’en conséquence elle m’appartenait. Mais ton père a refusé.

Le silence retomba. Seuls les sanglots de Ninianne, résonnaient dans la pièce. Ada, les yeux rougis par les pleurs, demanda :

- Ne pouvons-nous rien faire pour qu’il change d’avis ?
- Tu connais Père, ma pauvre Ada. Il ne reviendra pas sur sa décision, ajouta Elane en la serrant par les épaules. Je ne vois qu’un moyen, m’enfuir dès cette nuit.
- Il te fera rechercher et ramener de force par ces hommes, hoqueta Ninianne.
- Si je pars seule, il ne fait aucun doute que je sois rattrapée dans les heures qui suivent. Mais si Sianna accepte de m’accompagner, alors j’aurais toutes les chances de rejoindre Avalon.

Sianna, le dos appuyé au chambranle de la cheminée regarda la jeune femme d’un regard rempli de douceur.

- Cette solution implique que tu renonces définitivement à revoir ta famille. J’accepte de t’accompagner, mais toi es-tu prête à payer ce prix ?
- Je n’ai pas d’autre choix pour le bonheur de Ninianne et de Gawen.
- Il y a peut-être une autre possibilité, ajouta la guerrière après quelques minutes de silence, te faire disparaître de..
- Comment oses-tu ? coupa le jeune homme.

Gawen s’était levé d’un bond, dégainant son épée, il menaçait Sianna de la pointe de sa lame. Celle-ci ne fit aucun mouvement pour parer l’agression, ignorant presque le jeune homme, elle tourna son visage vers Elane.

- Gawen, range cette épée. Elane s’était levée à son tour posant une main douce sur le bras armé. Sianna a raison je dois disparaître, mais n’ai crainte, elle ne me fera aucun mal, c’est mon amie. Puis se tournant vers sa jeune sœur, Ninianne, tu épouseras Gawen, je t’en fais le serment.
- Mais je ne comprends pas, sanglotait Ninianne.
- Sianna va faire usage de la magie de ses ancêtres avant de me ramener à Avalon. Mais tout d’abord j’aimerais qu’elle vous dise qui elle est et d’où elle vient. Je pense avoir deviné une partie de son histoire, mais j’aimerais qu’elle nous la raconte elle-même.

Tous se tournèrent vers la grande femme brune. Elane lui fit un signe de tête pour l’encourager. Sianna n’était pas une grande experte dans l’art de la conversation.

- Je viens du pays des lacs que l’on appelle plus communément le pays d’été. J’ai été conçue sur l’île d’Avalon. Ma mère sur l’invitation de la grande prêtresse y était venue célébrer le solstice d’été. A cette époque toutes les tribus célébraient le culte de la Déesse et les feux de Belthane brûlaient dans le pays entier. Uther Pendragon régnait en maître sur toutes les terres de part et d’autre de la mer et Ana était la grande prêtresse de l’île. Un jeune druide avait été choisit pour tenir le rôle du grand cornu. Après avoir tué le cerf dans la forêt sacrée et revêtu sa peau, l’homme avait honoré la grande prêtresse et engendré Vivianne. Puis comme il était jeune et encore plein de vigueur il avait fait naître la vie dans le ventre de ma mère.
- Mais, Vivianne a au moins le double de ton âge, la coupa Gawen. Comment est-ce possible ?
- Parce que Sianna vient du pays des fées et que dans son monde le temps s’écoule différemment. Précisa Elane.

Sianna acquiesça d’un signe de tête. Gawen et Ninianne étaient sans voix.

- Elane a bien deviné. Ce qu’elle n’a pas découvert c’est que ma mère est la reine du Pays des Fées et que je deviendrai reine après elle comme elle a succédé à sa propre mère. Puis ma fille à son tour prendra ma place. Les fées n’engendrent que des filles, c’est pour cela que nous nous mêlons au peuple à chaque solstice.
- Cela ne nous dit pas comment tu comptes sauver Elane ? Coupa Ada. Jamais le seigneur Belhoc ne vous laissera partir. Il enverra ses troupes vous pourchasser.
- Il n’en fera rien, la rassura Elane en lui pressant les mains. Sianna a déjà un plan qu’elle va vous expliquer.

La guerrière acquiesça de nouveau en songeant que cette jeune femme était vraiment pleine de perspicacité.

- Bien que je n’en aie pas le droit en dehors de la forêt sacrée, je vais user de mes pouvoirs. Pour cela j’ai besoin de votre accord à tous mais surtout celui d’Elane. Car c’est à elle que revient la décision.
- Que veux-tu faire ? Questionna Gawen inquiet pour son amie.
- L’effacer de vos mémoires. Elane n’aura jamais fait partie de votre vie. Elle deviendra une étrangère.
- Quoi ?? crièrent-ils tous en cœur. Comment ?? Gawen, Ninianne et Ada s’étaient levées d’un bond. Seule Elane avait gardé son calme.
- Je refuse s’exclama la jeune sœur
- Tout comme moi s’écria Gawen les yeux remplis de colère.
- N’y a-t-il pas une autre solution ? Questionna Ada la voix pleine d’angoisse.
- J’ai bien peur que non, répondit la future prêtresse.

Un silence pesant s’installa dans la pièce. Chacun se perdit dans ses pensées.

____________

Chapitre 12

Le père Marcellus n’avait pas perdu une miette de la conversation. Il avait fait demi-tour pour s’entretenir avec Belhoc lorsqu’il avait vu Sianna se glisser dans la chambre. Elle en était ressortie quelques minutes plus tard et il l’avait suivie. Il s’était glissé derrière une tapisserie qui recouvrait le mur et s’était rapproché de la porte. Sa haine était montée d’un cran au récit de Sianna. Une fille de l’enfer. Il avait sentie que cette femme n’était pas humaine lorsqu’il avait essayé de la tuer. Il devait s’en débarrasser au plus vite avant qu’elle ne mette son plan à exécution. Des bruits de pas dans la pièce le firent sursauter. Il tendit l’oreille et soudain une main puissante le saisi à la gorge l’arrachant de sa cachette. Ses pieds battaient le vide. Sianna l’avait soulevé de terre et amené à hauteur de ses yeux.

- Tu nous espionnais chien galeux. La guerrière le jeta sans ménagement sur le tapis de la chambre et claqua la porte derrière elle.

Le prêtre se releva en massant sa gorge. La haine déformait son visage.

- Fille du démon laisse moi sortir.
- Hors de question. Pas avant que tu ne nous ais dit pourquoi tu as tenté de m’assassiner et pourquoi tu cherches à tuer Elane. Le cri poussé par les trois femmes avait résonné à l’unisson. Cet homme veut ta mort Elane. Je l’ai lu dans son regard dès qu’il l’a posé sur toi. A présent il va nous dire pourquoi.
- Jamais ! Cracha le prêtre.

La grande femme brune se rapprocha de lui.

- Tu ne me fais pas peur, lui cria-t-il au visage
- Tu devrais. Elle fondit sur lui le temps d’un battement de cœur et d’un geste vif lui enfonça deux doigts à la base de sa gorge.

Le prêtre les yeux révulsés de panique tentait en vain de respirer. Sa tête était prête à exploser. Le sang commença à couler de son nez.

- J’ai bloqué l’arrivée de sang qui mène à ton cerveau. Susurra Sianna à l’oreille du prêtre. Tu as trente seconde pour choisir. Parler ou mourir dans d’affreuses souffrances. Que choisis-tu ? Fais vite, il te reste peu de temps.
- Par… Parler, parvint-il à articuler avec difficulté.

La femme planta à nouveau ses deux doigts dans la gorge et le prêtre s’effondra sur le sol. Au bout de quelques minutes, il réussi à se redresser, essuya son nez d’un revers de manche et regarda l’assemblée. La crainte mêlée de rancœur se lisait dans ses yeux.

- Tu me fais attendre, Druide ! La guerrière assise sur un tabouret le fixait d’un regard neutre.
- Comment ? s’écrièrent à nouveau les compagnons de Sianna.
- Je l’avais déjà rencontré sur l’île d’Avalon. A cette époque il portait la barbe et les cheveux longs. C’est lorsqu’il a tenté de m’éliminer dans l’écurie que j’ai fait le rapprochement. Quand je l’ai rattrapé dans la chapelle, j’ai reconnu son regard de fou. Le même que lorsque nous l’avons trouvé après qu’il ait violé cette fille. Un regard pareil ne peut pas s’oublier. A présent parle !
- Cette fille du démon a raison. J’étais druide bien avant d’être prêtre. Mais c’est faux, je n’ai violé personne. J’ai obéi aux vœux de la Déesse. Je leur ai dit mais ils ne m’ont pas cru. Ils m’ont chassé. Alors je les ai reniés.
- Ce n’est pas l’exacte vérité, enchaîna la guerrière. Veux-tu que je te rafraîchisse la mémoire ? Elle commença doucement à se lever.
- Non …. Non. Je vais …… C’était il y a longtemps. J’étais un jeune druide. J’avais été envoyé sur l’île avec une délégation de druides pour fêter le solstice. Les flammes des feux de Belthane éclairaient la nuit. Et je l’ai vue. Elle était magnifique. La lune reflétait ses rayons dans ses grands yeux verts. Ses boucles blondes encadraient un visage d’une pure beauté. La cape qui flottait sur ses épaules laissait entrevoir les courbes d’un corps parfait. C’était comme si la Déesse en personne apparaissait devant moi. Je ne pouvais la quitter des yeux. J’ai était subjugué par tant de grâce. Tout en elle m’appelait. Je me suis approché et lui ai proposé d’honorer ensemble la Déesse. Elle s’est tournée vers moi, m’a toisé avant de me rire au nez. Je l’ai entendu dire des mots cruels à celles qui l’accompagnaient et qui ont ri avec elle. Je l’ai suivie toute la nuit avant de la voir disparaître dans les bosquets avec l’un de mes camarades. J’ai attendu. Ils sont ressortis un long moment plus tard la chevelure ébouriffée et les joues rougies.
Ils se sont séparés et sont partis chacun de leur côté. Je lui ai emboîté le pas. Elle s’est retournée et m’a demandé ce que je voulais encore. Lorsque je lui ai dit, elle m’a répondu que jamais elle n’honorerait la Déesse avec un nabot. Mon sang n’a fait qu’un tour. Je l’ai frappée au visage. Elle est tombée inanimée à mes pieds. Je l’ai traînée dans l’ombre. Comme elle était toujours inconsciente, je l’ai portée jusqu’au Thor. Sa tête reposait contre mon cou et sa chevelure caressait mon visage. Elle était si petite, si légère dans mes bras, que l’ascension vers la tour sacrée se fit en un rien de temps. Je l’ai allongée sur l’autel puis j’ai retiré ses vêtements. La lune brillait sur son corps nu. Elle était si belle, si parfaite. J’ai caressé le moindre centimètre de sa peau, je me suis enivré de son parfum, j’ai recouvert de mes mains ses seins tendus vers le ciel qui m’appelaient. J’avais faim de ce corps qui s’offrait à moi tout entier. Je me suis déshabillé et j’ai couché mon corps nu sur le sien. Je sentais nos cœurs battre à l’unisson. Elle a repris conscience et poussé un hurlement lorsque je l’ai prise.
Je lui ai dit de se taire, mais elle a continué à crier et à se débattre. Alors j’ai du la frapper encore et encore, jusqu’à ce qu’enfin elle se taise. Je ne voulais pas que les autres nous rejoignent, elle était à moi seul.
La Déesse me donna tant de force que je l’ai honorée jusqu’au petit matin. Je dormais sur son corps quand des bras m’ont arraché à elle. On m’a ligoté, battu, insulté, craché au visage. Je ne comprenais pas. Ne voyaient-ils pas que la Déesse m’avait bénie en m’envoyant sa messagère ?

Le prêtre s’arrêta, les yeux perdus dans le vague. Revivant la scène comme si elle venait d’avoir lieu. Puis il reprit :

- Ils m’ont enchaîné au pied du Thor, ont emporté loin de moi celle qui m’avait apporté tant de bonheur et m’ont abandonné là pendant des jours sans me donner ni à boire ni à manger. Et puis un jour la grande prêtresse est venue m’informer que celle que j’avais tant aimée était morte. On avait retrouvé son cadavre flottant dans l’eau du lac. Il y eut un procès rapide. Je n’ai pas pu me défendre, ils m’avaient cassé la mâchoire pour m’empêcher de parler. Et puis ils m’ont banni. Cette sentence était pire que la mort. J’allais être jeté en pâture aux monstres qui peuplaient les marais. Personne n’a compris que je n’avais fait qu’accomplir les vœux de la Déesse. Ils m’ont jeté au fond d’une barque et abandonné dans les marais. J’ai erré des jours entiers dans le brouillard, buvant l’eau croupie, me nourrissant de crapauds quand j’avais la chance d’en attraper. Très vite les fièvres se sont emparées de moi et c’est là que je l’ai entendue.
Au début j’ai cru que je délirais. Et puis j’ai écouté. Je ne rêvais pas, il y avait bien le tintement d’une cloche, c’était moi qu’on appelait. J’ai marché vers le son sans relâche. Parfois je le perdais, j’attendais pendant des heures jusqu’à ce qu’elle sonne à nouveau. Grace à elle, j’ai quitté les marais. J’ai avancé jusqu’à ce que des paysans me découvrent inconscient et me transportent jusqu’au monastère où des prêtres m’ont soigné. J’ai feint l’amnésie. Ils ont cru que je m’étais perdu dans la forêt des fées et m’ont prénommé Marcellus. Les envoyés du Christ m’ont accueilli comme l’un d’entre eux. J’ai reçu le baptême, suivi leur enseignement avant de devenir prêtre et répandre la parole du Christ. Depuis je n’ai de cesse que de convertir les âmes impies et détruire les envoyés d’Avalon. Et puis l’évêque m’a choisit pour me rendre dans ce château. Le seigneur qui y habitait venait de se convertir. Je devais y construire une église et abolir le culte païen.
Puis tu es arrivée, ajouta-t-il en se tournant vers Elane, un doigt accusateur tendu vers sa poitrine. Mon cœur s’est arrêté de battre le jour ou tu as pénétrée dans la cour du château. Pour se venger de moi, la Déesse t’avait renvoyée sur terre.
Tu lui ressemblais tant que tout est remonté à la surface. J’aurais pu devenir un druide aussi puissant que Merlin. Mais tu avais brisé mon avenir cette nuit maudite. Tu étais revenue pour me détruire à nouveau et c’est pour cela il fallait que je te tue. J’ai essayé de t’éliminer à plusieurs reprises mais en vain, tu n’étais jamais seule. Et pour te protéger ils ont envoyé cette femme de guerre.

Le père Marcellus se tut. Seul le souffle des respirations résonna dans la pièce. Elane s’était levée et se tenait à présent debout derrière Sianna. Elle regardait l’homme effondré sur le sol. Que de vies gâchées. Elle avait entendu cette histoire dans la maison des vierges, on racontait que la jeune femme était d’une beauté saisissante et qu’après cette monstrueuse nuit elle s’était suicidée. Mais jamais elle n’aurait pensée se retrouver en face de son tortionnaire. Dans un geste inconscient elle posa les mains sur les épaules de Sianna. Celle-ci, surprise, tourna la tête. Le prêtre en profita pour se ruer sur Elane et la saisir à la gorge. Les corps roulèrent au sol. Le prêtre ne lâcha pas sa prise. Des bras le tiraient en arrière mais il serrait de plus en plus fort. Dans son élan le prêtre avait projeté la guerrière au sol. Sa tempe avait rencontré la pierre dure de la cheminée. Gawen tentait en vain de desserrer l’étau qui écrasait la gorge de son amie. Elane commença à suffoquer. Soudain le prêtre fut soulevé de terre. Ses ongles laissèrent de longues trainées rouges dans la peau du cou de la jeune femme. Elane aspira d’un long trait puis se mit à tousser. La guerrière jeta violemment le prêtre sur le sol. Du sang coulait sur sa joue sans qu’elle y prête attention. Marcellus se redressa. De la scène qui suivit, les autres occupants de la pièce ne virent que le dos de Sianna avançant d’un pas lent sur le prêtre et le regard de panique de Marcellus avant que ses yeux ne se révulsent et qu’il tombe foudroyé. La grande femme brune s’arrêta au pied du cadavre.

- La mort restera pour lui un châtiment trop doux.

Puis se retournant vers ses amis :

- Il nous reste une tâche à accomplir.
- Nous ne pouvons pas accepter répliqua Gawen

La conversation avait repris comme si le prêtre n’avait jamais existé et ne gisait pas mort dans la chambre.

- Penses-tu qu’il soit possible, questionna Elane que seul père perde la mémoire à mon sujet.
- Peut-être. Sianna soupesa la question. Les autres pourront penser qu’il a perdu l’esprit avec la fièvre et vous serez là pour le confirmer.
- Gawen va m’aider à faire disparaître le corps de ce fou, ajouta Ada. Occupez-vous du seigneur Belhoc.

_____________

Chapitre 13

Elane, s’arrêta devant la porte de la chambre de son père. La main sur la poignée, elle ne se décidait pas à la faire tourner. Sianna lui pressa doucement l’épaule.

- Il faut y aller à présent.

La jeune femme blonde se tourna vers elle les yeux remplis de larmes.

- Laisse-moi seule un instant avec lui avant qu’il n’oublie qu’il est mon père. Une nouvelle pression sur son épaule et elle pénétra dans la pièce refermant lentement la porte derrière elle.

Le vieil homme dormait d’un sommeil paisible. Elle approcha le tabouret tout prêt de lui et le regarda avec toute la tendresse d’une fille pour son père. Les sourcils broussailleux se mirent à bouger au dessus des yeux clos. Elane caressa la main du dormeur et il ouvrit les yeux.

- C’est toi mon enfant ?
- Oui Père. Une larme roula sur sa joue. Je voulais vous dire que je vous aimais et que …..Gawen épousera votre fille. Les mots lui serraient la gorge aussi fort que les mains de Marcellus quelques instants plus tôt.
- Tu remplis mon cœur de bonheur. Je t’aime aussi ma fille et suis heureux d’entendre tes paroles. Il tendit le bras et posa une main ridée sur la joue de sa fille. Elane la pris dans la sienne et déposa un baiser dans la paume ouverte.
- Père….. Dame Sianna désirerait vous parler.
- Cette femme est folle, je ne veux plus la voir. Chasse-la au plus tôt.
- Pourtant elle m’a sauvée et nous a protégés à maintes reprises au péril de sa vie.
- Et ce qu’elle a exigé de moi en récompense est une hérésie
- Recevez-la Père, juste une dernière fois. Ensuite elle partira.
- Soit, je le ferai pour toi. Fais-la entrer.

Comme si elle avait entendu les paroles de Belhoc au travers de la porte, Sianna pénétra à son tour dans la chambre. Elane caressa le front ridé du vieil homme avant d’y déposer un long baiser. Puis elle reprit la main de son père dans la sienne et fit signe à Sianna d’avancer.

La fille de la reine des fées s’arrêta au bout du lit. Fermant les yeux elle prit une longue inspiration avant de lever les bras vers le ciel et d’entamer une longue litanie dans une langue étrangère. Sa voix était grave et profonde. Les mots emplirent la pièce d’une atmosphère glaciale. Elane sentit le corps de Belhoc se raidir. Ses yeux devinrent fixes. Sa main serra celle de sa fille si fort que les jointures blanchirent. Elane pour oublier la douleur laissa les mots couler en elle. Les paroles lui semblèrent familières. Elles ressemblaient à celles prononcées par les prêtresses pour déchirer les brumes qui entouraient Avalon. A présent elle reconnaissait la langue. Elle se souvint de la légende qui disait que pour masquer l’île et protéger les prêtresses des romains venus les massacrer, la reine des fées avait étendu un voile au dessus du lac. Les bateaux s’étaient égarés et les romains avaient péri noyés. Seuls ceux qui connaissaient la formule pouvaient déchirer le voile et accoster sur le territoire de la Déesse.

Le silence revint. Sianna ouvrit les yeux et d’une main se retint au montant du lit. Pratiquer les rites des fées en dehors de la forêt pouvait être dangereux, elle pouvait même en mourir lorsqu’elle la pratiquait sous sa forme humaine. Elle venait de renouveler l’expérience par deux fois en moins d’une heure. Elle avait pourtant volontairement omis d’en parler à ses amis.

Elane fixait son père raidit comme dans la mort. La femme brune expira longuement puis posa son regard sur Elane.

- C’est fait, dit-t-elle simplement

Elane sentit les doigts bouger contre les siens. Le corps du vieil homme se relâcha et une lueur ralluma ses yeux. Il regarda Elane d’un regard étonné.

- Que m’est-il arrivé ?
- Vous avez fait un malaise Pè……. Seigneur Belhoc.
- Qui êtes-vous ? Votre visage me semble familier, mais je crains d’avoir oublié votre nom.
- Elle s’appelle Elane, Seigneur Belhoc, future prêtresse d’Avalon. Elle voyageait avec moi lorsque nous avons appris que vous étiez blessé et m’a priée de la mener à votre chevet vous prodiguer ses soins.
- Dame Sianna ! Belhoc redécouvrait la guerrière au pied de son lit. Mais qu’avez-vous ? Vous êtes toute pâle.
- Ce n’est rien seigneur, un simple étourdissement.
- Dame Elane apportez un siège à votre amie pria l’infirme. C’est étrange, plus je vous regarde et plus j’ai l’impression de vous connaître.

On toqua à la porte. Elane alla ouvrir et fit entrer sa sœur suivie de Gawen et d’Ada. A leur interrogation muette elle répondit d’un signe de tête. Ils s’approchèrent du lit du malade.

- Mes enfants, je vous ai fait appeler. Dame Elane me dit que j’ai pris un malaise. J’ai l’esprit encore bien brumeux. Mais ce que j’ai à vous dire ne peut attendre.

Puis se tournant vers le jeune homme, il répéta les mots qu’il avait dits plus tôt. Chacun retint son souffle.

- Mon fils, je te donne pour épouse et devant chacun ici présents ma fille Ninianne. Ninianne, donne-moi ta main à ton tour que votre union soit bénie par la Déesse.
- Par la déesse ? Ne put s’empêcher de reprendre Ada. Vous ne voulez pas les unir dans la foi du Christ ?
- Que chantes-tu la vieille femme ? L’émotion te ferait-elle perdre la raison ? Dame Sianna, Dame Elane, resterez-vous pour célébrer la noce ?
- Nous ne la manquerions pour rien au monde répondit Elane.

_____________

Chapitre 14

Les deux femmes finissaient de remplir les fontes de leurs chevaux. Gawen et Ninianne les regardaient serrés l’un contre l’autre. Deux anneaux d’or brillaient à leur annulaire gauche. D’un geste qui devenait machinal Ninianne caressait doucement le doux métal. Le jeune marié osa la question qui leur brûlait les lèvres depuis des jours :

- Sianna, Le seigneur Belhoc m’a semblé avoir oublié plus que l’existence d’Elane.
- Tu veux sans doute parler du prêtre ?

Gawen opina.

- Son passage sur terre n’a apporté que souffrances. Il s’est servi de sa foi en la Déesse pour couvrir des actes méprisables puis a embrassé celle des Chrétiens pour assouvir sa vengeance.
- Méritait-il cette mort songea tout haut Elane
- A aucun moment cet homme n’a parlé de rédemption. Il n’a été guidé que par sa haine, ajouta la guerrière. La Déesse a rendu son jugement.

Ada arriva les bras chargés de nourriture, ce qui fit sourire chacun.

- Il est grand temps que cette petite engraisse. Sianna je compte sur vous pour qu’elle engloutisse toutes ces provisions avant votre arrivée à Avalon.

La guerrière promit de veiller sur l’estomac d’Elane. Ada la serra dans ses bras, puis se recula en remontant ses seins d’un geste bref. Le sourcil de la femme brune monta d’un cran et un sourire se dessina sur ses lèvres.

Elane et Ninianne n’arrivaient pas à se séparer. Les larmes coulaient et les mots restaient bloqués dans leurs gorges.

- Prends soin d’elle, réussit à articuler la future prêtresse à l’attention de Gawen
- Plus que de ma propre vie, jura le jeune homme.

Sianna et Elane avaient pris congé du seigneur Belhoc quelques heures plus tôt. Elane savait qu’il y avait peu de chance qu’elle le retrouve à sa prochaine visite. Elle l’avait quitté le cœur brisé de ne pouvoir l’embrasser une dernière fois.

Sianna s’approcha à son tour de Ninianne et de Gawen. Elle prit le jeune homme par les épaules d’un geste affectueux.

- A présent c’est à toi que revient le devoir de protéger ces murs, tous ces gens et l’enfant que porte Ninianne.

Chacun se tourna vers la jeune-femme.

- Mais tenta de dire la future mère.
- N’as-tu pas senti la vie germer en toi ? Questionna la grande femme brune.
- Ninianne c’est merveilleux, ajouta Elane.
- Si c’est une fille nous l’appellerons Sianna, ajouta Gawen le visage rouge jusqu’à la pointe des cheveux
- Il sera fort et vigoureux, répondit la guerrière en souriant aux futurs parents.
- Enfin un vrai bébé à pouponner, renchérit la nourrice. J’ai bien cru que cette maison ne résonnerait plus jamais de cris d’enfants.

Les deux femmes enfourchèrent leur monture. Elane avait choisit de porter une de ses vieilles robes plus confortables pour la route à venir. Elle revêtirait sa tenue de novice à l’approche d’Avalon. Sianna quant à elle n’avait jamais quitté sa cotte d’arme. Après un dernier signe de la main, elles éperonnèrent leurs montures et franchirent la lourde porte qui avait résisté à tous les assauts.

____________

Chapitre 15

Elane resta silencieuse toute la journée. Lorsque la nuit approcha et que Sianna proposa une halte la jeune femme demanda soudain :

- Penses-tu que Père vivra assez longtemps pour voir naître son petit-fils ?
- Je ne sais pas, répondit sa compagne. Mais si tu le désires, nous pourrons leurs rendre visite pour la naissance dans quelques lunes.
- Ce serait merveilleux. Ils feront de bons parents, ajouta-t-elle comme pour elle même.

Le campement fut vite installé et les deux femmes retrouvèrent leurs habitudes auprès du feu. Sianna sorti sa pierre et affûta son épée Elane choisit un parchemin vierge et commença à écrire. La femme assise à ses côtés interrompît sa tâche et la regarda.

- Tu ne me racontes pas une histoire ce soir ?
- Non, répondit son amie. Je veux écrire la nôtre. Il nous est arrivé tant d’aventures en si peu de temps que j’ai peur d’oublier.

Le crissement de la pierre reprit sur le métal dans un lent mouvement.

Les jours succédèrent aux jours. Elles refirent à l’envers la route précédemment parcourue. A la croisée des chemins, elles choisirent de longer la côte. Elles n’étaient pas pressées. Inutile de s’enfermer dans des sous-bois obscurs alors qu’elles pouvaient profiter de l’air marin. Elles traversèrent des villages dévastés, firent des haltes prolongées pour aider à rebâtir. Sianna mit sa force au service des hommes. Elane soigna les blessés et réconforta les âmes en racontant des histoires aux veillées. Chaque départ était un déchirement pour les villageois. Les deux femmes leurs communiquaient leur force et l’envie de reconstruire une nouvelle vie. Quelques pillards croisèrent leur chemin pour leur plus grande malchance.

Enfin, elles pénétrèrent dans le pays des lacs. Le paysage qui s’étalait devant elles les subjugua. Sianna avait oublié à quel point cet endroit rayonnait de beauté. De grandes étendues d’eaux se succédaient entourées d’une végétation luxuriante. Enfin elle rentrait chez elle. Demain, au plus tard dans un jour elle se séparerait d’Elane. Cette pensée lui serrait le cœur. Elle s’était habituée à cette jeune fille, à ses bavardages incessants. A présent le silence lui pesait lorsque son amie restait sans parler. Elle s’amusait de son appétit vorace. Les provisions d’Ada avaient vite été englouties. Depuis quelques temps, Elane avait toujours faim et avait enfin perdu sa maigreur. « Ada serait contente sourit la jeune femme pour elle-même. J’ai tenue ma promesse ».

Puis elles arrivèrent au dernier lac, celui qui séparait le monde des humains de celui de la Déesse. Elles descendirent de cheval et s’approchèrent de la rive. Un brouillard épais recouvrait l’étendue d’eau. Le lieu transpirait la magie. Elane gonfla ses poumons puis souffla par la bouche. Un peu de vapeur d’eau se forma devant son visage.

- C’est ici que tout s’arrête, n’est-ce-pas ? Elle n’attendait pas de réponse.
- En effet. Elles vont bientôt venir te chercher, je sens leur présence.
- Nous reverrons-nous ?
- Bien sur, je reviendrais te chercher dans quelques lunes pour assister à la naissance de l’enfant.
- Me laisseront-elles partir ? Je serais mise à l’isolement dès mon retour jusqu’à ce que je prête serment.
- C’est ce que tu souhaites ?
- J’ai toujours voulu devenir prêtresse.
- Et toi, vas-tu rejoindre ta mère pour lui succéder ?
- Ces jours derniers m’ont permis de découvrir le monde avec un autre regard. J’ai quitté mon peuple pour me battre. J’ai tué beaucoup d’hommes depuis mon départ et je n’ai pas envie que se soit mon seul souvenir. Ce pays a besoin d’être reconstruit et je pense que ce serait une bonne façon de me faire pardonner.
- Ta démarche est louable. La jeune femme se tut

Un lourd silence s’installa. Sianna fixait le lac. Jamais elle ne s’était sentie aussi vide, aussi seule. Elane semblait aussi perdue dans ses pensées.

- Accepterais-tu de la compagnie ?

Sianna se tourna vers Elane qui ne manqua pas le haussement de sourcil.

- A quoi me sert-il, ajouta Elane, d’être guérisseuse si je ne peux mettre mon savoir au service de notre peuple. Tu as raison, ce pays à besoin de se reconstruire et je choisis de t’accompagner dans cette aventure.

Elane rejoignit les chevaux, tendit les rênes à Sianna. Les deux femmes s’éloignèrent du lac. Elles se sentaient légères. Le poids qui pesait sur leur poitrine s’était envolé.

____________

Chapitre 16

- Les reverront nous un jour ? Demanda la voix de Vivianne l’autre côté du brouillard.
- Seule la Déesse connaît la réponse, répondit la reine des fées.
- Elles vont écrire la légende d’Elane et de Sianna, ajouta la voix profonde de Merlin.

____________

Epilogue

La jeune blonde trottinait à côté de son amie lui jetant régulièrement des coups d’œil en biais. Elle ouvrait la bouche pour la refermer aussitôt.

- Qu’attends-tu pour poser ta question, avança la guerrière
- Ce n’est pas une question, répondit la jeune femme. C’est plutôt une requête.
- Une requête, répéta la femme brune
- Oui, j’aimerais, j’aimerais que tu m’apprennes à me battre.
- A te battre ?
- Vas-tu répéter tout ce que je dis ?
- Tu veux manier l’épée.
- Tu m’as dit un jour que les femmes de ton peuple savaient se battre. Je veux apprendre moi aussi.
- Mais tu n’en as pas besoin puisque je suis là pour te défendre.
- Justement, je ne veux pas être un poids que tu devras protéger si nous sommes attaquées. Mais je ne veux pas tuer.
- Ce sera difficile. Sianna se tut et réfléchit un moment. Que penses-tu du bâton ? Lança-t-elle soudain.
- Du bâton ?
- Tu pourras te défendre et assommer ton agresseur sans lui ôter la vie.
- Cela me convient. Quand m’apprendras-tu ?
- Et si nous commencions maintenant ?

Fin

Themys
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Publier Re: La naissance dune légende.
le: April 18, 2012, 16:58

Il était temps... Mais voilà je viens enfin de terminer ta fic, Chicken !!!
J'ai bien apprécié les personnages (forcément légendes du roi Arthur + un soupçon de Xena et Gabby dans les 2 héroïnes...), je trouve que l'histoire est sympa...
Par contre je vais être honnête j'adhère moins aux longues descriptions... Mais bon c'est juste moi ça...
En tout cas je t'encourage vivement à continuer... ;)

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