Bon, il y a des jours ou il faut savoir se lancer
Droits
Certains personnages ne m’appartiennent pas. Ils sont la propriété de blablabla… Universal…. Blablabla. D’autres sont empruntés à légende telle que dans l’univers de Marion Zimmer Bradley. Quant aux petits derniers, ils sortent tout droit de mon imagination et j’en revendique la propriété.
Violence
Depuis la nuit des temps le monde est violent et les hommes cruels. Alors, oui. Il y a de la violence, des combats, de la cruauté et du sang.
Sexe
Pas de sexe. Juste des sentiments. Mais pas de description de ce qui se passe quand on a fermé la porte de la chambre.
Remerciements
Un grand merci à Leg, pour son aide, ses précieux conseils et la correction de mes fôtes.
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[center]La naissance d’une légende
Prologue
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Chacun connaît les exploits d’Arthur, de Lancelot et des chevaliers de la table ronde. Et si l’on parle d’Arthur, on entre directement dans le monde de la magie de Merlin et de Morgane. Ce récit ne racontera pas une fois de plus l’histoire de ces hommes et de ces femmes, mais plutôt celle de ces inconnus qui ont vécus à leurs côtés.
Cette histoire se déroula en l’an de grâce 512 juste après la victoire de Mont Badon, site historique de la défaite des Saxons contre les Bretons et que l’on situera entre le Pays de Galles et l’Ecosse.
Arthur, gardien d’Excalibur l’épée magique, venait de monter sur le trône d’Angleterre. Grâce au courage de ses chevaliers et au soutien des tribus, le jeune roi avait chassé les Saxons de son royaume et les hordes d’envahisseurs avaient fui vers le Nord. Cependant l’unité ne régnait plus au sein de son peuple depuis qu’Arthur avait choisi de se battre sous la bannière de la sainte Croix, abandonnant celle du Pendragon et reniant de fait la protection de la Dame du lac et de la Déesse.
L’harmonie était brisée, les hommes choisissaient leurs camps. Les adeptes de la Déesse Mère Créatrice de la terre et du monde vivant considérèrent le haut roi comme un traitre et se tournèrent vers la sagesse des druides et de la Dame d’Avalon. Les autres choisirent la foi des Chrétiens et reçurent le baptême des mains des prêtres soutenus par Guenièvre.
Le Christianisme étendait sa puissance. Ses envoyés érigeaient des églises et convertissaient le peuple d’Angleterre.
Tout commença au bord du lac.
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Chapitre 1[/center]
L’homme blotti au fond de la barque regardait la rive disparaître au loin. Les brumes qui l’enveloppaient s’épaississaient de plus en plus. C’est à peine s’il arrivait encore à distinguer les rameurs, deux petits hommes trapus issus du peuple de la forêt, qui, le front baissé, les bras tendus sur leurs rames ne lui avait pas adressé un regard lorsqu’il les avait salués. Il devinait aussi plus qu’il ne la voyait la silhouette de la femme assise à l’avant. Enveloppée dans une cape sombre, la capuche rabattue sur son visage, il avait tout juste croisé son regard et aperçu le croissant bleu des prêtresses tatoué sur son front lorsqu’elle lui avait fait signe de la suivre. Aucune parole n’avait été échangée depuis leur départ. Seul le léger clapotis des rames plongeant dans les eaux noires venait briser le silence.
Il était arrivé quelques heures plus tôt au bord du lac, le ponton était désert, du moins pour ce qu’il pouvait en voir, car un épais brouillard recouvrait toute la surface de l’eau. Il en avait profité pour améliorer sa mise. Après avoir bouchonné son cheval, il s’était mis en devoir de brosser sa cape et ses bottes couvertes de la poussière de la route. Puis il s’était accordé d’une rapide toilette. Au bord de n’importe quel plan d’eau il n’aurait pas hésité à se dévêtir pour y plonger avec délice. Nager dans l’eau fraîche aurait probablement détendu ses muscles endoloris par la longue chevauchée. Mais pas dans ce lac. S’eut été un sacrilège et une offense à la Déesse. Il s’était contenté de quelques ablutions. Puis après s’être rasé il avait passé la chemise propre qu’il avait glissée dans ses fontes juste avant son départ. Il faut dire qu’il n’avait guère pris le temps de faire des haltes durant ces derniers jours. Il avait chevauché sans trêve ni repos, ne s’arrêtant que pour faire souffler son cheval ou lorsque la nuit était devenue trop dense pour continuer sans risquer de se rompre le cou. Scrutant les flots, il se demandait comment il pourrait les informer de sa présence.
La barge était apparue comme par magie, émergeant de la brume qui recouvrait le lac. La femme l’avait invité à monter à bord d’un geste ferme. L’homme lui avait répondu par un signe de tête en indiquant son cheval. Mais quelle n’avait pas été sa surprise lorsqu’il avait découvert un jeune garçon à côté de lui prêt à se saisir des rênes. En y regardant mieux, le cavalier s’était aperçu qu’il ne s’agissait pas d’un enfant comme il l’avait cru mais d’un petit homme sans âge qui lui souriait. Un être du peuple de la forêt. Il en avait souvent entendu parler sans jamais en rencontrer. Ce peuple vivait à l’écart du reste du monde au fin fond de la forêt du pays des fées. Si l’on s’y aventurait, on avait toutes les chances d’y disparaître à jamais. Peu de gens en étaient revenus et tous tenaient le même discours lorsqu’ils avaient réussis à en sortir « Le temps n’existait plus. La reine des fées vous accueillait et son peuple prenait soin de vous. La vie était douce. Vous ne souffriez plus ni du froid, ni de la faim ni de la soif. Les êtres de la forêt pourvoyaient à tous vos besoins. Puis peu à peu la mémoire s’effaçait. Les souvenirs de la vie d’avant se faisaient de plus en plus lointains. On oubliait sa famille, on en oubliait parfois jusqu’à son nom. La seule possibilité de quitter ces bois était d’avoir la chance de croiser une prêtresse de l’île car elles seules détenaient le pouvoir de traverser la forêt ».
L’homme debout sur la berge avait sursauté lorsque la femme lui avait crié « N’aies crainte, tu retrouveras ton cheval à ton retour ». Le temps d’un regard à cette étrange femme et le petit être de la forêt avait déjà disparu. Tournant la tête de droite à gauche, il s’était rendu compte que son cheval lui aussi s’était évaporé.
Le frêle esquif venait de s’immobiliser au milieu du lac. Une brume d’un blanc laiteux les enveloppait, bien que le soleil de midi brillât de tous ses feux quelques instants plus tôt, lorsqu’ils avaient quitté la rive. Un léger ballotement lui indiqua que la femme venait de se lever. La prêtresse étendant les bras vers le ciel psalmodia d’une voix grave et profonde une incantation dans une langue inconnue. Les mots prononcés résonnaient dans cette étrange blancheur. L’homme se sentit glacé jusqu’au sang. Un frisson lui parcourut l’échine. Une peur incompréhensible venait de l’envahir. La voix de cette femme le pétrifiait. Puis elle s’arrêta. Et le silence retomba sur le groupe. L’homme percevait la tension des rameurs. Eux aussi ressentaient cette même peur, il en était persuadé. Soudain, les brumes se déchirèrent laissant apparaître un ciel d’un bleu azur et les contours d’une île inondée de soleil. Il le savait, il venait de pénétrer sur le territoire de la Déesse. Terre sacrée entre toutes, appelée plus communément Avalon. Il relâcha son souffle qu’il ne se souvenait pas avoir retenu. Les rameurs plongèrent à nouveau leurs rames dans l’eau du lac. La barque repris sa progression et bientôt l’embarcation atteignit le rivage.
Le paysage sembla à l’homme d’une beauté irréelle. Au loin il aperçu sur une colline une immense tour. Le Thor, immense construction reliant le monde des hommes à celui des Dieux. C’est la au pied de cet édifice qu’étaient célébrées toutes les cérémonies en honneur de la Déesse. L’homme resta les yeux fixés sur le géant de pierre qui montait jusqu’aux cieux. Elle avait été bâtie par les ancêtres des druides venus par delà les mers comme le racontait la légende.
Trois prêtresses les attendaient sur la berge. Enveloppées de voiles bleus sombres et portants un croissant du même bleu tatoué sur le front, elles l’invitèrent à le suivre. L’homme sauta timidement sur la rive. Déjà l’embarcation s’éloignait pour disparaître à nouveau dans la brume.
- La Dame vous attend. Suivez-moi.
L’une des prêtresses, la plus âgée des trois, venait de s’adresser à lui d’une voix sèche imposant respect et obéissance. Lorsqu’elle tourna les talons et se mit en route, instinctivement il lui emboîta le pas comme un bon petit soldat. L’homme avançait tête baissée les yeux rivés au sol. Il n’osait plus regarder autour de lui depuis que la prêtresse lui avait intimé l’ordre de marcher ainsi. Il lança aussi discrètement qu’il pu quelques œillades rapides sur ce monde inconnu et sur les deux femmes qui l’encadrait. Rares étaient les simples mortels comme lui à être autorisé à fouler la terre sacrée. Le chemin était détrempé et le voyageur faisait attention à ne pas glisser, mesurant chaque pas. Qu’aurait pensé la Dame s’il s’était présenté devant elle crotté de boue. La pente était raide, sinueuse et interminable. Pourtant cela faisait à peine dix minutes qu’ils avaient quitté la rive. Soudain, le groupe stoppa devant une vaste construction. Tellement soucieux de ses pas, l’homme avait faillit rentrer dans la femme qui le précédait. Soulevant le battant de la porte qui en fermait l’accès, la prêtresse le pria d’entrer. Il se faufila dans l’encadrement et déglutit péniblement lorsqu’il sentit les lourdes peaux retomber derrière lui, barrant toute possibilité de fuite. Une goutte de sueur coula depuis sa tempe pour venir mourir sur le col de sa chemise. Ce n’était pas un couard, il l’avait prouvé à maintes reprises sur les champs de bataille. Beaucoup pourraient en témoigner. Mais se retrouver seul sur l’île d’Avalon prêt à rencontrer la grande prêtresse était toute autre chose. C’était le monde de la Déesse et de la magie.
La main posée sur la garde de son épée pour se donner contenance, il avança de quelques pas se rapprochant du centre de la pièce. Osant un coup d’œil circulaire, il inspecta d’un regard qu’il pensa moins timide, le lieu où il se trouvait. L’endroit était spacieux, confortablement meublé. D’immenses tentures aux scènes champêtres masquaient la pierre des murs et renvoyaient la chaleur diffusée par un feu brûlant au centre de la pièce. Dans le fond, une immense table taillée d’un seul bloc dans un chêne centenaire débordait de parchemins à moitié déroulés. Des plumes trempées dans un encrier semblaient avoir été abandonnées quelques instants plus tôt. Des chandeliers disposés ça et là attendaient la nuit pour faire danser leurs flammes. Des coffres en bois finement travaillés et quelques tabourets complétaient le décor. L’unique fenêtre laissait filtrer les rayons du soleil. L’endroit était apaisant.
Les minutes s’écoulèrent. Le regard absorbé par le rougeoiement des braises qui brûlaient dans le foyer, il ne l’entendit pas s’approcher. Soudain, la Dame d’Avalon fut la, devant lui. Petite femme sans âge au regard vif et pétillant. Le croissant bleu des prêtresses brillait à son front. Quelques mèches blanches et blondes s’échappaient du voile encadrant son visage à peine marqué de quelques rides. Impressionné par l’aura qui se dégageait de la haute prêtresse, l’homme avait mis genoux à terre et gardait la tête baissée. Une jeune fille avec mille précautions aida la prêtresse à s’installer dans la chaise haute qu’elle venait de rapprocher du feu avant de lui couvrir les jambes d’une épaisse fourrure.
- Maline, va chercher Elane au lieu de me traiter comme une vieille femme impotente. Veux-tu donc me faire rôtir que tu colles cette chaise si prêt du foyer ?
Maline s’inclina avec déférence avant de se glisser hors de la pièce. Toujours agenouillé aux pieds de la haute prêtresse l’homme n’avait osé prononcer mot.
- Relève-toi Gawen que je voie ton visage. Maline est une gentille personne, trop zélée à mon goût vois-tu et qui me prend trop souvent pour la vieille femme sénile que je ne suis pas.
La Dame d’Avalon s’adressait à lui sur le ton de la confidence. Lui qui avait imaginé rencontrer une personne froide et distante avait devant lui une femme au regard rempli de bonté. Enfin, rassemblant tout son courage il osa enfin s’exprimer.
- Co…….comment avez-vous su …….Altesse …….que je venais pour Elane ?
- « Altesse », répéta la femme d’un petit ton moqueur. Appelle-moi Viviane ou Mère ou Ma Dame si tu préfères.
- Ce sera selon votre volonté Ma …. Dame acquiesça timidement le visiteur.
- Ah, Gawen. Elane nous a si souvent parlé de toi que j’ai l’impression de te connaître. Je ne me souviens pas d’une seule histoire de son enfance où tu ne sois cité. Mais à présent, venons-en à la raison de ta venue.
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Chapitre 2[/center]
La maison des vierges grouillait d’animation. Le moindre évènement venant rompre leur quotidien donnait lieu à une grande agitation. De nombreuses familles de la noblesse envoyaient leurs filles suivre l’enseignement de la Dame d’Avalon. Beaucoup d’entre elles rejoindraient leur foyer dès la fin de leur éducation pour faire un bon mariage. Elles auraient acquis l’art de reconnaître et cultiver les herbes et autres plantes médicinales, celui de préparer des remèdes, de tenir une maison. D’autres choisiraient de prêter serment vouant leur vie au culte de la Déesse. Pour l’heure, chacune des jeunes filles spéculait sur les raisons de la présence de ce bel étranger sur l’île. L’arrivée de Maline mis fin à toutes les conversations.
Elle se planta devant la table où un groupe de jeunes filles était en train de trier des simples. Les unes les glissaient dans de petits sachets en toile brute pendant que d’autres y fixaient des étiquettes. Des pots de crèmes et d’onguents avaient toute l’attention de l’une d’entre elle. D’une écriture propre et nette elle indiquait sur chacun la composition du remède et son usage.
- Elane, suis-moi !
- Un instant Maline, je suis occupée.
- Dépêche-toi ! Le ton était sec, inamical
- Je dois finir avant que l’encre ne sèche, répondit Elane sans quitter son travail des yeux.
- la Dame t’attend. L’étranger est venu pour toi.
Lentement Elane se retourna questionnant d’un regard vert et profond la commissionnaire.
- Je n’en sais pas plus répondit l’autre en levant les mains. Mets de l’ordre dans ta tenue, tu ne peux te présenter ainsi décoiffée et vêtue devant notre mère.
La jeune fille se leva, posa sa plume, boucha l’encrier avec un tampon fait de bourre, puis essuya ses doigts sur un chiffon posé à côté d’elle. Du plat de la main elle brossa sa robe pour en chasser les plis et tenta en vain de discipliner les quelques mèches échappées de la longue natte blonde tombant sur son épaule. Elle noua sa cape sur ses épaules et rabattit le capuchon sur son visage.
- Je suis prête
- Alors suis-moi, la Dame …..
- N’aime pas attendre, je sais. Tu ne cesses de nous le répéter à longueur de journée.
Derrière, les novices pouffèrent doucement. Aucune ne pouvait supporter cette rabat-joie. Maline les toisa d’un air mauvais faisant revenir le silence. Maline était une peste. Tout le monde le savait. Seule Elane avait l’audace de lui répondre sans crainte de représailles.
Le chemin entre la maison des vierges et celle de la haute prêtresse se déroula dans le plus grand silence Seul résonnait le crissement de leurs pas sur les graviers. De nature bavarde, Elane ne se faisait jamais prier pour raconter des histoires aux veillées. Mais face à cette mégère toute tentative était inutile. Elle savait qu’elle ne tirerait rien de Maline en essayant de l’interroger.
Viviane et l’inconnu étaient en grande conversation lorsqu’elle pénétra à son tour dans la pièce. L’homme lui tournait le dos. Elle prit un instant pour l’étudier. De longs cheveux roux ondulaient sur le rouge écarlate de la cape couvrant ses épaules. Son épée reposait à ses pieds. Le regard d’Elane se figea sur la garde. Un serpent gravé s’enroulait autour de la poignée. Elle ne connaissait qu’un seul homme possédant une telle arme. Et cette silhouette, ces boucles couleur de feu, cette façon de bouger les épaules quand il était nerveux.
- Gawen s’écria t-elle, se jetant dans les bras de l’homme qui venait de se retourner.
- Elane, mon Elane. Les bras musclés de Gawen se refermèrent sur la jeune-fille. Tu n’as pas changée. Toujours la même fougue. Si tu savais comme je suis heureux.
- Et toi, laisse-moi te regarder, ajouta t-elle en reculant d’un pas. Quand je t’ai quitté tu n’étais encore qu’un gringalet et aujourd’hui je découvre un homme fort et élégant. Mais d’où vient cette cicatrice sur ta joue ? Tu as été blessé, comment ? Approche de la lumière que je t’examine.
- Un souvenir laissé par un maudit Saxon à Mont Badon. Mais laisse ce n’est rien.
- Mont Badon ? Tu étais là-bas ? Et mon Père et mes Frères ? Les informations les plus folles nous sont parvenues du combat. Nous avons su que le roi avait remporté la victoire et que notre peuple allait enfin connaître la paix. Mais parle-moi de ma famille. Pourquoi es-tu là ?
- Justement, la coupa Viviane. C’est là la raison qui m’a fait quérir ta présence. Gawen racontez à votre amie ce qui vous amène.
Gawen pris délicatement les mains d’Elane dans les siennes, la fit s’asseoir sur le siège qu’il occupait quelques instants plus tôt avant de s’agenouiller à côté d’elle. Elane percevait au plus profond d’elle-même le sentiment de malaise de son ami. L’inquiétude commença à l’envahir. Après quelques minutes le garçon se décida enfin à parler.
- Elane….. Elane, je suis désolé d’être le messager de ces tristes nouvelles. C’est ton père qui m’envoie. Il a été blessé au cours de la bataille. Une vilaine blessure au pied. Il a fallu l’amputer avant mon départ, mais le mal a continué de progresser. Nous craignons le pire. Il va falloir que tu rentres avec moi, il te réclame.
Elane se sentit défaillir. Son cœur s’emballa. Elle ferma les yeux prenant de longues inspirations, laissa l’air pénétrer au plus profond de ses poumons et recomposa son visage comme on le lui avait appris au cours de ses années d’apprentissage. Une future prêtresse ne devait pas laisser transparaître ses émotions. Vivianne regardait Elane et, malgré les circonstances, elle était fière de son élève.
- Et mes frères ? demanda-t-elle une voix malgré tout remplie d’angoisse.
- Hélas, Kelvin et Renan ont péri en défendant ton père. Il avait été pris en embuscade et un ennemi avait réussi à le désarçonner en lui plantant une hache dans la cheville. Lorsque tes frères l’ont vu en si mauvaise posture ils se sont portés à son secours. Renan à péri d’un coup d’épée dans la poitrine. Kelvin à reçu une lance Saxonne dans le dos. Son corps recouvrait celui de ton père quand je l’ai découvert. J’ai vu la scène au loin. J’ai couru à leur secours avec mes hommes, mais il était trop tard. Ils se sont battus vaillamment et sont morts en héros. Leurs agresseurs étaient trop nombreux ils ne pouvaient pas les vaincre. Les meurtriers de tes frères se sont enfui à notre arrivé laissant ton père pour mort. L’un d’eux m’a laissé ce souvenir au visage ajouta t-il tout en passant un doigt sur la longue estafilade qui couvrait sa joue. Notre Roi m’a accordé le droit d’escorter leurs dépouilles au côté de ton père afin qu’ils soient enterrés sur vos terres. A présent ton père te réclame. Ta sœur Ninianne est auprès de lui. Elle n’a pas quitté son chevet depuis son retour. Elle t’attend elle aussi avec impatience.
- Mère, demanda Elane en se tournant vers Viviane. M’autorisez-vous à partir sur le champ au chevet de mon père et assister ma sœur. Elle est encore si jeune et doit se sentir si seule. Je dois les rejoindre au plus tôt.
- Va ma fille. Tu as ma bénédiction. Que la Déesse te protège. Mais sache que tu vas nous manquer mon enfant. La maison des vierges va sembler bien vide sans toi.
La Dame d’Avalon serra tendrement Elane dans ses bras et déposa un baiser sur le front de la future prêtresse.
- Pars maintenant. Quant à toi Gawen, je te la confie. Veille sur elle comme sur ta propre vie.
- J’en fais le serment sur ce que j’ai de plus cher Ma Dame.
Gawen se courba avec respect aux pieds de la haute Prêtresse, puis ramassant son épée il la glissa d’un geste ferme dans son fourreau. La main posée sur la garde il attendit Elane qui étreignait sans le savoir Viviane pour la dernière fois.
- Allez mes enfants. La route qui vous attend va être longue. Adieu Elane ajouta-t-elle lorsque la lourde porte se referma la laissant soudain étrangement seule.
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Chapitre 3[/center]
Tout son corps était meurtri. Sa tête la lançait horriblement. Elle essaya de se redresser mais quelque chose de lourd la clouait au sol. Etait-ce le jour ou la nuit ? Elle n’arrivait à rien distinguer car un énorme bandage lui masquait la vue. Après plusieurs tentatives, elle réussi enfin à dégager une main. Puis à force d’efforts répétés elle parvint à l’amener jusqu’à son visage et enfin à arracher le morceau de tissu. Le crépuscule allait bientôt tomber, il n’y avait aucun doute. Il fallait faire vite, se dégager de cette prison avant la nuit et l’arrivée des charognards. L’odeur de sang flottant autour d’elle allait les attirer comme les mouches sur du miel. Elle ne donnait pas cher de sa peau si elle restait ainsi. Autour d’elle pas un bruit. Où étaient ses compagnons. Où était Turok, son fidèle ami. Depuis le début des combats ils ne s’étaient pas quittés. Jusqu’à cette maudite blessure. Le Saxon l’avait eue par surprise. Elle ne savait toujours pas comment il s’y était pris pour briser sa défense. Le choc avait été violent. Avec qu’elle arme avait-il bien pu la frapper ? Elle n’en gardait aucun souvenir. Juste cette douleur lancinante qui lui vrillait le crâne.
- Turok……Turok…... Tu es là ? Holà quelqu’un ? Turok, réponds moi !
Seul le cri d’un corbeau répondit à son appel.
- Bon, je suis seule, bloquée sous je ne sais quoi et il faut que je sorte de là. Essayer de soulever est inutile. Il va falloir dégager mon autre bras, ramper et surtout arrêter de parler toute seule comme une vieille folle.
Le soleil avait presque achevé sa course lorsqu’enfin elle parvint à dégager le haut de son corps. Il lui avait fallut faire de nombreuses poses. Le coup à la tête devait être plus grave qu’elle ne le pensait car par deux fois elle avait perdu connaissance. Enfonçant de toutes ses forces ses doigts dans la terre, elle parvint d’une ultime poussée à se libérer. Le front en sueur, le cœur battant à tout rompre, elle ferma les yeux et se laissa rouler sur le dos. Sa tête tournait trop pour qu’elle puisse se relever. Enfin lorsque la nausée sembla vouloir disparaître elle ouvrit les yeux. Prenant appui sur ses avant-bras elle réussi à s’asseoir.
- Turok !!
Le corps de l’homme transpercé par une lance gisait à ses pieds. Les deux mains crispées sur la hampe, les yeux grands ouverts tournés vers le ciel.
- Turok, mon ami, mon frère. Mère, ô Mère pourquoi ne l’as-tu pas protégé.
Elle essaya de se lever mais elle était encore trop faible. Alors, elle rampa jusqu’au corps de son ami. Dans un ultime effort, elle réussi à se mettre à genoux. La sueur ruisselait à nouveau sur son visage. Elle écarta les quelques mèches qui barrait le front de son compagnon. Puis posa délicatement ses lèvres sur les lèvres entrouvertes de Turok pour un dernier baiser avant de lui fermer les yeux. Relevant la tête, elle découvrit le macabre spectacle. Tous ses compagnons d’armes étaient là gisants dans leur sang. Beaucoup de Saxons aussi avaient été tués dans la bataille. La nausée la repris, mais d’une toute autre nature. Un goût de bile monta dans sa bouche. A quelques pas un cheval avait été sauvagement égorgé. Dans sa chute il avait retourné le chariot auquel il était encore harnaché. Mais pourquoi massacrer un cheval ? Il fallait être un monstre. La seule chose dont elle était sure c’est qu’elle se trouvait dans ce chariot et qu’il lui avait sauvé la vie en la maintenant cachée. Que s’était-il passé ? Elle ne se souvenait de rien. Ils étaient tous morts, personne ne pourrait plus lui répondre. Elle resta ainsi près de son ami jusqu’à ce qu’elle sente suffisamment de force dans ses jambes pour se mettre debout. Elle se pencha, ramassa l’épée de Turok, y pris appui pour se relever, glissa un poignard à sa ceinture et s’éloigna du champ de bataille. Elle ne pouvait plus rien pour eux. Ils avaient déjà rejoint le royaume d’éternité.
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Chapitre 4
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Les adieux avaient été difficiles. Les novices avaient beaucoup pleurées en apprenant le départ de leur amie. Elane les avaient serrées une à une contre son cœur avec une parole réconfortante pour chacune. Maline aussi était là un méchant rictus au coin des lèvres.
- Comme nous ne savons pas combien durera ton absence, j’ai pris soin d’emballer toutes tes affaires.
Deux baluchons trônaient sur le lit défait de la jeune femme.
- Il ne fallait pas te donner cette peine, Maline.
Elane saisit les deux sacs et se plantant devant la mégère, elle la fixa de son regard vert le plus froid en ajoutant :
- Un conseil Maline, ne t’avise surtout pas de martyriser mes sœurs durant mon absence. Je serai bientôt de retour et je saurai te le faire payer. Tu peux me faire confiance.
Elle quitta la cabane et rejoignit son ami. Maline, sur le pas de la porte, les regarda s’éloigner.
- Qu’est-ce que tu transportes la ? Questionna Gawen en saisissant les deux baluchons.
- Mes affaires, une « amie » s’est fait un plaisir de préparer mon départ, ajouta-t-elle un soupçon d’ironie dans la voix.
- Maline ? Questionna le garçon tout en connaissant déjà la réponse,
- Maline ! Répondit-t’elle. Tous deux se mirent à rire. A présent il faut que je passe chez Isotta. C’est elle qui est en charge de notre stock de remèdes. Je ne veux manquer de rien pour soigner Père. Attends-moi près de la rive.
Elane le rejoignit quelques minutes plus tard une sacoche en peau de loutre passée en bandoulière sur son épaule. Gawen avait déjà déposé leurs affaires dans la barque qu’il avait découverte en arrivant sur la berge. C’était les deux mêmes rameurs. Ils aidèrent Elane à s’installer. Gawen sauta à son tour dans l’embarcation qui quitta la rive où il avait accosté à peine quelques heures plus tôt. Elane s’abîma les yeux jusqu’à ce que l’île disparaisse dans la brume.
- Reverrais-je un jour cet endroit ? J’ai l’impression de quitter mon foyer pour la seconde fois.
La voix d’Elane était si triste que Gawen n’hésita pas un instant à faire tanguer la barque pour la rejoindre et la serrer dans ses bras. Il entendit les rameurs pester en essayant de rétablir l’équilibre. « Maintenant je sais qu’ils peuvent parler » songea-t-il souriant à lui-même.
Deux chevaux sellés les attendaient attachés au ponton. Gawen fut heureux de retrouver son cheval en bonne santé. Une jeune pouliche à la robe tachetée lui tenait compagnie. Elane vida sur le sol le contenu des deux sacs si gentiment préparés par Maline, en fit deux tas inégaux, ramassa le contenu du plus petit et fourra les quelques effets qu’elle voulait conserver dans les fontes accrochées à la selle. Elle fixa la besace de médicaments au pommeau. Quant au reste, elle fit signe aux petits hommes de la forêt de venir se servir. Gawen la regardait faire. Elle n’avait conservé que quelques vêtements, deux plumes, un encrier et des rouleaux de parchemin. Elle le regarda et ajouta simplement :
- Cette pauvre bête va devoir me porter. Si en plus je la charge de toutes ces choses inutiles, nous n’arriverons jamais.
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Chapitre 5
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Elane et Gawen chevauchaient depuis deux jours lorsqu’une escorte d’une dizaine d’hommes envoyée par le seigneur Belhoc les rejoignit. On lui avait signalé que des hordes de barbares rodaient encore dans les environs et il craignait pour sa fille.
Elane redécouvrait le monde. Il lui semblait qu’elle l’avait quitté depuis une éternité. Cela faisait quatre ans déjà qu’elle avait rejoint l’île des prêtresses pour suivre leur enseignement et devenir l’une d’entre elles. Elle n’avait pas revu son père depuis. Et Ninianne, comme elle devait avoir changé. Dans son souvenir c’était toujours une enfant timide et réservée alors qu’elle au même âge rêvait de parcourir le monde et de chasser l’infâme dragon cracheur de feu qui terrifiait le pays. Elle esquissa un sourire.
- A quoi penses-tu ? Je te vois sourire depuis tout à l’heure, questionna Gawen en rapprochant sa monture de celle d’Elane.
- Au dragon, répondit-elle avec un petit rire
- Au dragon ? Celui de notre enfance ? Celui avec lequel tu terrifiais ta sœur avec tes histoires et qu’il fallait des heures à ton père pour la rassurer et la persuader qu’il n’était pas caché sous son lit. CE dragon ?
- Et oui Ce dragon. Tu t’en souviens aussi.
- Comment l’oublier. Tu nous captivais pendant des heures avec tes histoires. Quelle imagination tu avais à l’époque.
- Oui, c’était il y a longtemps, et pourtant j’ai l’impression que c’était hier. Parle-moi de Ninianne. Comment est-elle ? Est-elle devenue une belle jeune-fille comme tout le monde semblait le dire ?
Gawen avait rougi au nom de Ninianne et Elane n’avait pas manqué de le remarquer. Y avait-il quelque chose entre eux ? Ce serait merveilleux. Sa sœur et son meilleur ami réuni sous un même toit. Elane ne pouvait rêver meilleur parti pour sa sœur. Gawen était bon, gentil et généreux. Pas un de ces rustres comme on en croisait parfois à la cour de son père.
- Ninianne est aussi brune que tu es blonde, mais tu le sais déjà. Je suis bête. Elle est douce, attentionnée, tient d’une main de maître le château de ton père et chacun loue ses qualités. Elle chante avec ravissement en s’accompagnant de la harpe que tu lui as offerte.
- Je suis heureuse d’entendre toutes ces louanges. Mais toi, je sens dans ta voix plus que de l’amitié pour ma sœur. Je me trompe ?
- Non, en vérité, lorsque tu es partie pour suivre l’enseignement d’Avalon, Ninianne et moi nous sommes beaucoup rapprochés. Ton absence avait laissé un grand vide. Le château n’était plus le même sans toi. Et puis au fil du temps notre amitié s’est transformée. Je compte dès notre arrivée chez ton père lui demander sa main. Je serai le plus heureux des hommes.
- Et moi des femmes. Tu ne peux imaginer à quel point cette nouvelle me rend heureuse. Je vous souhaite …
- Fuyez !! Nous sommes attaqués !
L’éclaireur arriva à bride abattue sur le groupe de cavaliers suivi d’une horde de Saxons hurlant leurs épées et leurs haches brandies au dessus de leurs casques. L’homme arriva à la hauteur de Gawen et s’effondra sur sa monture le dos transpercé d’une flèche.
- Elane, emmène le avec toi dans les sous-bois et cachez vous. Vite ! Dégainant son épée, il fondit dans la bataille sans se retourner.
Elane arracha les rênes du cheval des mains du blessé et l’entraîna loin du chemin comme lui avait ordonné Gawen. Lorsqu’elle s’estima suffisamment à l’abri elle fit stopper les chevaux. L’homme gémissait et poussa un hurlement de douleur lorsqu’elle le fit descendre de sa selle pour l’asseoir contre le tronc d’un arbre. Fouillant dans ses fontes elle en sorti une chemise propre. Elle décrocha son sac de remèdes du pommeau de la selle puis s’agenouillant près de l’homme elle commença à déchirer la chemise du blessé. La flèche avait traversé l’épaule et ressortait sous la clavicule. Les organes vitaux ne semblaient pas avoir été touchés. Mais il allait falloir briser la hampe et sortir la pointe par l’avant. « Le pauvre homme va souffrir le martyr, mais cela lui sauvera la vie » songea Elane ; si les Saxons ne nous ont pas tous massacré avant.
- Tu t’appelles Ambios, c’est ça ? L’homme acquiesça de la tête. Moi c’est Elane. Je vais retirer cette flèche de ton épaule. Cela va être douloureux. Je ne peux pas faire de feu pour cautériser ta blessure, mais je vais faire un pansement très serré qui arrêtera l’hémorragie. Tu me fais confiance ?
Ambios, le front en sueur, acquiesça de nouveau.
Attentive à la tâche qui l’attendait, Elane n’avait pas entendu le bruit des pas qui s’étaient rapprochés d’elle. Soudain, une main l’empoigna par les cheveux et la projeta en arrière. Hurlant de douleur et de terreur, elle rampa sur le sol pour s’éloigner de son agresseur. La forme avachie auprès de l’arbre lui appris qu’Ambios s’était évanoui et ne pouvait plus lui apporter aucun secours. Elle était seule face à cette brute.
Lui aussi avait remarqué l’état de son compagnon. Il lui trancherait la gorge ensuite quand il en aurait fini avec elle. Le Saxon était immense. La hache qu’il tenait se balançait nonchalamment au bout de son bras. Il prenait son temps et détaillait sa proie. Il allait pouvoir s’amuser un peu. Ses compagnons étaient restés à se battre sur le chemin mais lui avait vu les deux chevaux s’enfuir. Les pister n’avait pas été difficile. Ils avaient laissé tellement de traces sur leur passage que cela en devenait ennuyeux. La donzelle n’était pas vraiment à son goût, mais il saurait s’en contenter. Il les aimait plus en chair. Celle-là, il n’aurait pas de difficulté à en venir à bout. Cela semblait presque trop facile.
Elane avait tenté de se redresser et de fuir. Mais à nouveau il l’avait empoignée par les cheveux et jetée à terre. Son cœur battait à tout rompre. Saisissant le petit couteau qui pendait à sa ceinture, cadeau de Viviane et qui ne la quittait jamais, elle brandit la lame face à son agresseur. Elle ne se ferait pas tuer sans se défendre. S’avançant vers elle la brute la désarma d’un coup de botte dans le poignet. La violence du coup arracha un cri à la jeune femme. Le couteau vola dans les airs avant de se ficher dans le sol quelques pas plus loin. L’homme sale et hirsute se tenait à présent au dessus de la jeune femme pétrifiée. Il maintenait la pression de sa botte sur le poignet endolori. Il lança sa hache derrière lui. Elle serait inutile pour venir à bout de cette proie. Les yeux d’Elane s’exorbitèrent lorsque d’une main il sorti le poignard glissé dans sa ceinture et que de l’autre il commença à décroché la boucle qui maintenait son pantalon. Ce barbare n’allait pas se contenter de l’égorger, il allait la violer avant. Lisant la terreur sur le visage de sa future victime il lança un éclat de rire gras vers le ciel qui se termina en un étrange gargouillis. Ses yeux remplis d’étonnement se posèrent sur Elane. Il tenta de parler. Ses mots se perdirent dans une gerbe de sang. Ses genoux fléchirent et il s’effondra sur la jeune femme le crâne fendu par sa propre hache.
Elane fixait la main de l’homme. Il n’avait pas lâché son arme qui s’était plantée à quelques centimètres de la tête de la jeune fille. A présent la terre buvait le sang qui s’échappait du crâne béant. Elane tenta de s’extirper de la masse inerte qui reposait sur elle sans succès. Elle leva les yeux priant son sauveur de lui venir en aide. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’à la place d’un de ses compagnons de route, elle découvrit une femme. Aussi grande que le Saxon qui avait voulu la trucider, la guerrière la fixait d’un regard d’un bleu azur comme elle n’en avait jamais vu. De longs cheveux noirs encadraient son visage, tombant sur ses épaules. Elle portait une cotte d’arme arrivant à mi-cuisses. A sa ceinture pendait une épée. La femme d’un mouvement sec arracha la hache encore fichée dans le crâne du cadavre et la jeta au loin. Puis du bout de sa botte fit rouler le corps sur le côté. Tendant un poignet musclé couvert d’un canon d’avant bras en cuir décoré de serpents enlacés, elle aida Elane à se redresser.
- Ton ami a perdu beaucoup de sang. Il faut enlever cette flèche avant qu’il ne passe de vie à trépas.
- Comment puis-je te remercier, tu viens de me sauver d’une mort certaine. Elane ne pouvait s’empêcher de trembler.
- En m’aidant à sauver la vie de cet homme. Répondit la femme de guerre en montrant d’un signe de tête le blessé effondré sur le sol.
Ambios n’avait toujours pas repris connaissance. Elane le cala contre le tronc d’arbre pendant que la guerrière récupérait le sac de remèdes. Elle sortit les sachets et des pots d’onguents qu’elle ouvrit un à un et porta à son nez. Quand elle eut trouvé ce qu’elle cherchait elle l’apporta à la future prêtresse.
- Passe ce baume sur sa blessure, elle cicatrisera plus vite et cela évitera l’infection.
- Non seulement tu sais te battre mais tu connais aussi l’art de soigner. Tu viens d’analyser le contenu de ma sacoche comme une vraie guérisseuse. Jusqu’à présent je ne connaissais qu’une seule personne capable de reconnaître les plantes de cette manière.
- Isotta ? J’ai appris avec elle, il y a très longtemps.
- Mais qui es-tu donc ?
- Aucune importance.
La bataille avait été rude. Les hommes savaient se battre et étaient facilement venus à bout de leurs assaillants. La Déesse les avait protégés, il n’y avait pas de perte. Les Saxons eux avaient rejoints le royaume des morts.
Gawen, l’épée couverte de sang, courait à en perdre haleine à travers les bois à la recherche d’Elane, priant tous les dieux et déesses de la terre et du ciel qu’il ne lui soit rien arrivé. Il ne se le pardonnerait jamais. Arrivé près d’un buisson, il remarqua les deux chevaux en train de paître. Elane était là, penchée sur Ambios. Rassuré, il s’avança vers la jeune femme d’un pas décidé lorsque la lame d’une épée vint se poser tout contre sa gorge. Une voix grave et chaude lui intima l’ordre de ne pas bouger. Elane sentant cette fois le mouvement dans son dos se retourna et cria :
- Non ! C’est Gawen, c’est mon ami. Il n’y a rien à craindre.
La guerrière retira doucement la lame et recula d’un pas, pendant qu’Elane se jetait dans les bras de Gawen. Celui-ci aperçu soudain le corps du Saxon sur le sol.
- Que s’est-il passé ici ?
- Nous avons été attaqué et ….. Mais quel est ton nom. Tu m’as sauvé la vie et je ne sais même pas comment tu t’appelles.
- Sianna.
- Sianna est arrivée juste à temps. Ce sauvage allait m’égorger lorsque je l’ai vu tomber à mes pieds. J’en tremble encore à la pensée de ce qu’il voulait me faire.
Gawen serra tendrement son amie dans ses bras et déposa un baiser sur le haut de sa tête. Puis se tournant vers la guerrière :
- Comment…… ?
- J’ai su que ton amie était en danger ? Je pistais cette bande de pillards depuis plusieurs jours. Je les ai suivis à couvert jusqu’à ce qu’ils attaquent votre groupe. J’ai vu ton éclaireur prendre une flèche et les deux chevaux s’enfuir dans la forêt. Puis j’ai remarqué celui-là qui quittait sa bande. Elle tendit le menton vers le Saxon. Il savait que vous n’iriez pas bien loin avec un blessé. Quant au reste, tu peux facilement deviner l’histoire.
- Sianna, je te dois une vie. Elane prit les mains de la femme brune en prononçant les mots rituels et inclina la tête en signe de remerciement.
- Et moi je suis ton débiteur, ajouta Gawen en s’inclinant à son tour. S’il lui était arrivé malheur je n’aurais plus jamais osé me présenter devant son père. Mais quittons ces lieux. Les routes ne sont pas encore sûres au royaume d’Arthur et je ne voudrais pas faire à nouveau de mauvaises rencontres. Maintenant partons.
- Attendez, s’écria Elane. Il faut que je le retrouve. Fouillant les buissons près de l’endroit ou le barbare l’avait agressé elle retrouva son petit couteau planté dans le sol. Elle l’essuya délicatement avant de le glisser dans sa poche. A présent, nous pouvons y aller.
Après avoir mis Ambios en selle, Sianna se hissa derrière lui. Elane monta en croupe derrière Gawen. Le petit groupe rejoignit le chemin où les hommes de Gawen les attendaient. Seul Ambios avait été blessé.
- Où vas-tu à présent ? Désires-tu suivre ta route ou te joindre à nous ?
Gawen attendait la réponse de cette grande femme brune. Intérieurement il espérait qu’elle accepte de les escorter au moins une partie du chemin. Une lame de plus ne serait pas de trop et cette femme avait l’air de savoir manier l’épée.
- Je comptais rejoindre le pays des lacs. Mais, comme tu l’as dit, les routes ne sont pas encore sures. Alors je vais vous accompagner.
Gawen acquiesça. La petite troupe augmentée de son nouveau membre prit la direction du château.
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Chapitre 6[/center]
Sianna avançait en tête. Sans que personne ne lui demande, elle avait pris la place de l’éclaireur blessé. Pourtant Ambios pouvait de nouveau chevaucher seul. Sa blessure guérissait de jour en jour. Il ne lui resterait que deux petites cicatrices, souvenir du passage de la flèche. Il les montrerait en trophée à ses futures conquêtes.
Ils traversèrent une vaste lande. Inconsciemment le groupe relâcha sa tension. Ils avaient quittés les bois menaçants quelques heures plus tôt. Dans ce paysage, pas de risque d’attaque. La vue était bien dégagée. Soudain Elane rompit le silence.
- Quelle étrange personne.
- Que dis-tu ? demanda Gawen
- Quelle étrange personne, répéta Elane. Je parle de Sianna. Nous ne savons rien d’elle et pourtant voici quatre jours que nous chevauchons à ses côtés, ou plutôt derrière elle. Dès qu’arrive le soir et que nous montons le camp elle s’isole. Quand je suis couchée sous la tente, j’entends le bruit que fait la pierre qui glisse sur la lame quand elle affute son épée. Elle parle à son cheval, mais rarement aux hommes. Elle ne m’a plus dit trois mots depuis que nous avons rencontré ces barbares. Je la sens se glisser à côté de moi la nuit venue. Je fais celle qui dors, mais je suis sure qu’elle sait que je fais semblant et au petit matin quand je me réveille elle est déjà partie depuis longtemps car ses couvertures sont froides.
- Il est vrai qu’elle n’est pas très loquace. Pas comme toi ajouta Gawen en souriant à son amie.
- Elle ne ressemble à personne.
- Tu as raison, rétorqua Gawen. Je n’avais jamais rencontré de femme portant l’épée et se battant comme un homme avant elle.
- J’aimerais en savoir plus sur elle. As-tu remarqué sa taille ? Elle te dépasse d’une demi-tête. Les femmes sont rarement aussi grandes par ici. De quelle contrée peut-elle venir ? Et cette chevelure qui rappelle la couleur du corbeau. Je ne parle même pas de ses yeux. Je n’en avais jamais vu d’aussi bleus. Et son regard, as-tu remarqué comme il est triste ?
- Si elle t’intrigue à ce point pourquoi ne vas-tu pas lui parler.
- Tu as raison. Elane éperonna son cheval pour rejoindre Sianna.
La grande femme brune chevauchait d’un pas paisible. Depuis qu’ils avaient quittés les bois les risques d’attaques s’éloignaient et elle pouvait elle aussi relâcher son attention.
- Tu te décides à me rejoindre. Lança Sianna sans se retourner au moment où Elane arrivait à hauteur de la croupe de son cheval. Je me demandais quand tu allais te décider. Ne crois-tu pas que je n’ai pas remarqué que tu m’observes depuis notre départ.
- Je….. commença Elane. Euh…. Je….
- Et bien, tu as perdu ta langue.
- Non, mais je ne sais pas trop comment…. Enfin, mon ami et moi….
- Vous posez des questions à mon sujet.
- Oui
- Poses tes questions, j’y répondrais…… Peut-être.
- Qui es-tu vraiment et pourquoi es-tu vêtue comme un soldat ?
- Je suis Sianna fille issue de l’union d’un druide de ton île et de….. d’une femme du Pays d’été. Je fais donc un peu partie de ton peuple. Je parle de celui d’Avalon. Lorsque les Saxons ont envahis nos terres, nous avons pensé qu’Arthur pourrait les vaincre. Il était sous la protection de la Déesse. Mais il a renié son serment en ne combattant pas sous la bannière du Pendragon et les tribus se sont éloignées de lui. Pour sauver notre peuple il fallait agir et agir vite. Ma reine a exhorté les hommes de mon pays à se battre malgré tout au côté du haut Roi et m’a demandée de les mener à la victoire.
Nous avons pris la route de Camelot, afin de rejoindre les troupes d’Arthur. Puis celle de Mont Badon où s’est déroulé la bataille la plus violente et la plus sanglante de tous les temps. Nous avons tué des centaines, peut-être des milliers de Saxons. Nous étions couverts du sang de nos ennemis. Turok se battait comme un diable. Turok, mon fidèle ami depuis l’enfance, mon frère, tout comme toi et Gawen. Et puis j’ai été blessée. Tout ce que je sais, c’est que je me suis réveillée quelques jours après la bataille, le corps de Turok gisant près de moi. A présent je veux rentrer chez moi. La guerre me répugne, toute cette mort me répugne. Regarde ces mains Elane, regarde-les, elles sont couvertes du sang de mes victimes et, je le crains, elles tueront encore. A présent je ne désire plus qu’une seule chose. Rentrer chez moi.
- N’oublies-tu pas qu’elles m’ont sauvée, ajouta doucement Elane en prenant la main de Sianna dans la sienne. Sans ces mains je serais morte moi aussi. Si je suis encore en vie c’est grâce à elles, c’est grâce à toi.
- Mais qu’est-ce qu’une vie sauvée contre toutes ces morts ?
Elane ne sut que lui répondre.
[center]Fin 1ère partie[/center]
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